Graphite, tantale, coltan, terres rares… : ce que l’Afrique ignore de la bataille USA-Chine autour de ses minéraux critiques

YAOUNDE, 29 juin (AZNAPRESS) — Pour obtenir des Etats-Unis leur soutien dans les négociations de paix avec le Rwanda voisin et le M-23, le président congolais Félix Tshisekedi a dû se soumettre à une exigence de son homologue américain Donald Trump concernant un accord sur les mines, Washington ayant fait de l’accès aux minéraux critiques un enjeu vital pour son économie et sa puissance.
Alors que les exactions des groupes armés en République démocratique du Congo (RDC) ont causé depuis des décennies des millions de victimes, beaucoup dans ce pays et en Afrique ignorent les enjeux derrière ce conflit et bien d’autres sur le continent : le sous-sol congolais et africain recèle d’immenses gisements de minéraux critiques.
Ces ressources sont devenues un instrument de domination pour les grandes puissances et suscitent par conséquent un intérêt croissant de la part celles-ci.
Minéraux critiques : qu’est-ce que c’est et à quoi servent-ils ?
Tout d’abord, qu’entend-on par minéraux critiques ? Cette terminologie renvoie à une liste de matières premières composées de minéraux et de métaux, présentes dans le sous-sol et dont l’extraction est essentielle pour divers secteurs d’activités. Leur concentration est limitée à des territoires de pays précis, ce qui en fait des ressources rares.
Les minéraux critiques sont cruciaux pour la transition énergétique, l’innovation technologique et la sécurité nationale. Concrètement, ils sont utilisés dans la fabrication de smartphones, d’ordinateurs, de panneaux solaires, de véhicules électriques, d’armement, d’équipements de l’industrie aéronautique et aérospatiale, de médicaments, d’équipements sportifs, le nucléaire, etc.
Ces matières premières interviennent aussi dans des usages domestiques.
Une liste longue et non-exhaustive
Les minéraux critiques sont formés autour d’une longue liste non-exhaustive. Leurs utilisations sont presque identiques.
Graphite : utilisé dans les batteries, les lubrifiants, les réfractaires et les produits de construction.
Titane : métal polyvalent utilisé dans l’aéronautique et l’aérospatial (moteurs, structures de fuselage et systèmes d’atterrissage), les énergies nucléaires, l’industrie militaire, le biomédical (implants orthopédiques et dentaires, vis et plaques pour la fixation osseuse), l’optique, les cosmétiques, la chimie, le sport l’automobile et les applications domestiques.
Tantalite : utilisé pour créer de l’acier chirurgical.
Zirconium : utilisé dans l’industrie nucléaire, dans la fabrication de carreaux, des pierres précieuses, des produits chimiques, des matériaux de construction.
Nickel : utilisé dans les batteries des véhicules électriques, les appareils électroniques, les alliages, les équipements de maison, les revêtements.
Silicium : utilisé dans les semi-conducteurs, les panneaux solaires.
Cobalt : utilisé dans les batteries lithium-ion ou électriques, les superalliages et les condensateurs.
Coltan : utilisé dans la fabrication des appareils électroniques, les smartphones, les ordinateurs, les appareils sans fin, les condensateurs, traitement des cancers, les prothèses médicales, les panneaux solaires, les aimants, les réacteurs d’avions, les missiles.
Manganèse : utilisé dans la production d’acier et d’autres alliages, les batteries, les pigments, les oligo-éléments pour la santé humaine et animale, les verres et les céramiques, l’agriculture.
Uranium : minerai stratégique pour les industries nucléaires, militaires et civiles.
Terres rares : un groupe de 17 éléments essentiels pour les aimants permanents, les batteries, les écrans, les catalyseurs.
La liste comporte en outre : le gallium, le germanium, le niobium, l’étain, le cuivre, le béryllium, le chrome, le bismuth, les rubis, etc.
Course mondiale pour les approvisionnements
La guerre qui vient d’opposer Israël et l’Iran a mis en lumière l’importance et l’impact des minéraux critiques à travers les équipements militaires de haute technologie utilisés, notamment les missiles hypersoniques et les drones kamikazes iraniens qui ont mis en difficulté les systèmes de défense israéliens connus jusque-là pour être les plus performants au monde.
En raison de leurs implications nucléaires, militaires et économiques, la demande est forte et engendre une course mondiale pour les approvisionnements entre les grandes puissances qui en ont justement fait un enjeu de domination stratégique, industrielle et technologique. Les perturbations de marché ne manquent pas, à cause des tensions géopolitiques entre ces puissances.
Ils constituent en effet un moteur de croissance et de compétitivité pour les pays qui en possèdent ou qui en maîtrisent l’extraction et la transformation.
La Chine domine le marché, avec par exemple 90% de production mondiale de graphite raffiné destiné aux batteries, y compris celle du graphite. En retard sur Pékin, d’ailleurs leur principal fournisseur dans certains domaines, les Etats-Unis ont décidé de s’y assurer un accès direct, d’où l’accord sur les mines avec la RDC et un autre similaire sur les terres rares avec l’Ukraine.
Où en trouve-t-on en Afrique ?
L’Afrique est réputée grand pourvoyeur de matières premières du sol et du sous-sol. Ce statut est valable pour les minéraux critiques, à la différence que, faute d’investissements et de technologies propres et de législations adaptées, elle reste à l’écart des enjeux stratégiques autour de la question, raison pour laquelle elle peine à amorcer son décollage industriel et technologique.
Par exemple, la RDC dont des pans de territoires entiers sont occupés par des groupes armés et tirent profit de l’exploitation des minerais et d’autres ressources naturelles, détiendrait entre 60 et 80% des réserves mondiales de coltan, selon les estimations. Des indices de ce gisement sont aussi signalés en Côte d’Ivoire.
Pour l’uranium, la Namibie se classe troisième exportateur mondial et fournit avec le Niger (relégué au 7e mondial à cause de l’insécurité sur son sol) et l’Afrique du Sud l’essentiel de la production mondiale. Le Cameroun possède un gisement mis au jour par les Etats-Unis au Nord (Poli).
L’Afrique du Sud encore et le Gabon fournissent avec l’Australie les trois quarts (74%) du marché mondial de manganèse.
Le continent est aussi désigné comme un acteur important de la production de graphite, avec des gisements notables à Madagascar et au Mozambique, un des principaux producteurs mondiaux également avec l’Afrique du Sud de titane dont des gisements sont en outre déclarés en Egypte, en Sierra Leone et en Tanzanie.
Des gisements de cobalt, de nickel, de zirconium, de tantale, de terres rares, etc. sont aussi déclarés dans un certain nombre de pays du continent. (Fin/2025)