Décès d’Amadou-Mahtar M’Bow : l’Afrique salue la mémoire d’un panafricaniste convaincu

YAOUNDE, 25 septembre (Aznapress) — Les mondes de la culture et de la science africains saluent en Amadou-Mahtar M’Bow, ancien directeur général de l’UNESCO de nationalité sénégalaise décédé dans la nuit de lundi à mardi à Dakar à l’âge de 103 ans, la mémoire d’un panafricaniste convaincu qui a su représenter avec satisfaction le continent et défendre ses identités culturelles sur la scène mondiale.
Ancien ministre de l’Education puis de la Culture dans les années 1970 dans le gouvernement de Léopold Sédar Senghor, le premier président du Sénégal, Amadou-Mahtar M’Bow est le premier Africain à occuper le poste de directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) basée à Paris en France, pendant treize ans, de 1974 à 1987.
Il laisse le souvenir d’un esprit éclairé dévoué à la promotion des identités culturelles du continent, estiment les analystes comme l’historien camerounais Joseph Owona Ntsama pour qui « Amadou-Mahtar M’Bow est ce qu’il conviendrait de désigner comme un parangon de la culture en son acception universalisante et humaniste et dans toute la contexture de ce concept ».
« L’Afrique perd là un intellectuel engagé et, surtout, pondéré – son dialogue étant toujours conciliant –, un homme politique avisé et pointilleux et, enfin, un grand homme de culture comme l’attestent ses divers écrits connus, visionnaire et soucieux de faire dialoguer les cultures pour le rayonnement de l’Afrique », a poursuivi l’universitaire et homme de culture interrogé mercredi par Aznapress.
Avec l’historien burkinabè Joseph Ki Zerbo, décédé en 2006, Amadou Mahtar-M’Bow a notamment contribué à façonner la pensée de plusieurs générations de jeunes Africains à travers leurs manuels sur l’histoire du continent inscrits dans les programmes scolaires de nombreux pays pendant de longues années.
A son initiative, une impressionnante collection de « L’Histoire de l’Afrique » a été éditée sous la direction de l’UNESCO.
Pour Owona Ntsama, chercheur à la Fondation Paul Ango Ela de géopolitique en Afrique centrale, un think tank basé à Yaoundé, son héritage se rapporte aussi à celui d’« un panafricaniste convaincu, même si on lui fit, en son temps, le procès d’avoir combattu sous le drapeau français avec la mauvaise foi manifeste de ne pas replacer les choses dans leur contexte, à mon humble avis ».
Né le 20 mars 1921 à Dakar, l’homme de sciences et de culture sénégalais faisait, en effet, partie de ces combattants africains ayant participé à la deuxième guerre mondiale aux côtés de l’armée française, sous l’appellation de tirailleurs sénégalais.
« Il convient de rappeler qu’il œuvrait déjà pour la culture et l’éducation dans le gouvernement Senghor (son adversaire politique) et dans le top management de l’UNESCO à l’époque des deux grands blocs géopolitiques de la guerre froide Ouest-Est, et du Tiers-Monde qu’il représente d’ailleurs sans complexe à un moment où la real politik sévit sur tous les plans – On n’en est toujours pas sorti, même avec l’arrivée des BRICS aujourd’hui », souligne encore l’historien camerounais.
En Amadou-Mahtar M’Bow, Owona Ntsama, par ailleurs chercheur au Centre international de recherche et de documentation sur les traditions orales et les langues africaines (CERDOTOLA) basé à Yaoundé, reconnaît également un « artiste dans l’âme [qui] est aussi à l’origine de l’inscription de la question du patrimoine culturel dans l’ordonnancement des activités de l’UNESCO ».