Crainte de rupture d’une importante digue après des inondations meurtrières au Nord-Cameroun

MAROUA (Nord-Cameroun), 25 septembre (Aznapress)– En proie à de graves inondations survenues depuis plusieurs mois et ayant causé au moins une vingtaine de morts, essentiellement des civils, et plus de 300.000 sans-abris, le Nord-Cameroun craint désormais la rupture d’une importante digue servant de protection contre d’éventuelles crues du Logone, un grand cours d’eau de la région.
La digue construite depuis plusieurs décennies a été sérieusement endommagée par la catastrophe qui affecte de nombreuses localités du département du Mayo-Danay, dans la région de l’Extrême-Nord, à cause de violentes intempéries enregistrées depuis mai et ayant provoqué des inondations meurtrières début septembre, a appris Aznapress.
L’ouvrage en terre a, en effet, subi quatre brèches sur environ 150 mètres et menace de s’effondrer complètement comme l’a été à cause des inondations le plus grand pont de Yagoua, la principale ville du Mayo-Danay et important bassin de production du riz, d’où l’implantation sur son sol de la Société d’expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua (SEMRY), selon les témoignages.
Cette cité et d’autres localités environnantes se trouvent déjà submergées depuis le 10 septembre par la forte pluviométrie enregistrée avec une ampleur sans précédent dans la région, principalement dans les localités de Maga, Wina, Yagoua, Pouss et Kaïkaï. S’y ajoute, une montée fulgurante des eaux très poissonneuses du fleuve Logone.
Les bilans officiels et indépendants de cette pire catastrophe jamais survenue dans cette partie du territoire camerounais depuis au moins un demi-siècle selon les populations, dénombrent au moins une vingtaine de morts, plus de 300.000 sans-abris, 185 écoles primaires et 13 lycées et collèges inondés, puis plus d’un millier d’hectares de cultures détruits.
Le grand marché du poisson de Meléo, situé à cinq kilomètres de Pouss, a été entièrement balayé, ce qui aggrave l’impact économique du sinistre déjà considérable, rapporte-t-on en outre.
Si la digue de protection du fleuve Logone venait à céder sous l’effet de la puissance des eaux, la situation serait encore plus intenable pour les populations et les autorités.
« Depuis deux semaines, nous dormons d’un œil. L’eau du Logone s’engouffre dans le lac de Maga, exerçant une pression sur sa digue. Si celle-ci cède, cela pourrait inonder des localités entières comme Maga, Pouss, Guirvidig et Bégué », a confié à la presse Jean Baptiste Badi, habitant de Pouss.
Malgré leurs moyens limités, les jeunes de la localité se mobilisent pour tenter de renforcer la digue avec des sacs de sable, des morceaux de bois et de la paille.
Le département du Mayo-Danay représente avec celui du Logone et Chari une zone vulnérable aux inondations dans l’Extrême-Nord du Cameroun, une région sahélienne.
Dans la localité de Maga, une autre digue de protection existe sur une distance de 27 kilomètres pour contenir les eaux d’un lac artificiel. Là aussi, des inquiétudes subsistent.
« Maga est désormais coupée du reste de la région. Le passage sur la digue s’est rétréci. L’urgence est de mettre en place une politique de gestion de ces eaux, qui créent chaos et dévastation dans le Mayo-Danay et le Logone-et-Chari », alerte Hassan Adoum, le secrétaire général de la commune.
Entre 2013 et 2019 pourtant, à la suite d’une catastrophe similaire survenue en 2012, les pouvoirs publics camerounais ont lancé un Projet d’urgence de lutte contre les inondations, baptisé PULCI, dans la région et doté d’une enveloppe de 64 milliards de francs CFA, avec notamment l’objectif d’enrayer ce phénomène et la construction d’une digue plus durable à Maga.
Outre le changement climatique, ces événements sont aussi imputés au défaut d’entretien de l’ouvrage, confronté à des assauts de pachydermes e plus d’être transformé en lieu de passage pour le bétail, pourtant interdit. (Fin)