YAOUNDE, 26 septembre (Aznapress) — Quelque 244 millions d’électeurs américains seront appelés aux urnes le 5 novembre pour désigner leur futur président pour les quatre prochaines années, lors d’un scrutin à suspense qui oppose la vice-présidente Kamala Harris, candidate démocrate aux diverses origines ethniques et raciales, à l’ex-président et candidate républicain Donald Trump.
Devenue par la force des choses l’égérie du Parti démocrate en août pour l’élection présidentielle attendue dans cinq semaines à la suite du retrait de la course du président sortant Joe Biden pour des raisons de santé, l’actuel numéro deux de l’exécutif américain est la deuxième femme à se lancer à la conquête de la Maison-Blanche, après l’ex-première dame Hillary Clinton en 2016.
De sang mêlé blanc (de par son père), noir (de par ses grands-parents maternels) et asiatique (indien, de par sa mère), la candidature de Kamala Harris, 58 ans, revêt un intérêt particulier, car évidemment elle amène à se demander si l’ex-procureure réussira à briser les codes d’une Amérique conservatrice qui s’était refusée à confier la gestion de ses affaires publiques à l’épouse de l’ex-président Bill Clinton.
Des atouts, elle n’en manque pas, sa principale force résidant effectivement dans les circonstances de son choix et sa personnalité atypique qui rappelle celle de Barack Obama en 2008, jugent les observateurs comme le professeur Joseph Vincent Ntuda Ebodé, géostratège enseignant à l’Université de Yaoundé II et auteur d’une thèse de doctorat sur la politique aux Etats-Unis interrogé par Aznapress.
Né le 20 octobre 1964 à Oakland en Californie, Kamala Harris se révèle pour la première fois à l’opinion publique américaine comme une figure politique majeure lors de la dernière élection présidentielle en 2020 où elle se présente aux côtés de Joe Biden pour la vice-présidence, après avoir été élue sénatrice dans la circonscription de cet Etat fédéré trois ans auparavant.
C’est la première Américaine élue vice-présidente et deuxième après Geraldine Ferraro (démocrate aussi) en 1984 à être désignée par un grand parti comme candidate à cette fonction.
Juriste de formation, elle est élue en 2010 puis reconduite en 2014 comme 32e procureure générale du même Etat pendant six ans. C’est aussi la durée de son mandat de première femme procureure du district de San Francisco.
Célibataire, la 49e vice-présidente des Etats-Unis est une diplômée en droit de l’Université de Howard. Au coude à coude dans les sondages avec son challengeur républicain, elle se définit comme étant « la preuve empirique de la promesse de l’Amérique », en référence à son parcours professionnel et politique, puis bien sûr au fameux rêve américain qui en fait le pays de tous les possibles.
Parmi ses principaux soutiens, figure Barack Obama (et son épouse), qui la juge la mieux indiquée pour renforcer l’efficacité de la gouvernance américaine et, surtout, adresser par la relance de l’économie les préoccupations des classes moyennes et modestes qu’elle connaît mieux puisqu’elle en est issue, selon l’ex-président.
PAYSAGE POLITIQUE DIVISE
Aux Etats-Unis, le paysage politique est divisé entre deux grands blocs, les démocrates d’un côté et les démocrates de l’autre. Quelques petites formations politiques existent mais leur présence en est diluée.
Il y a des Etats qui affichent un ancrage traditionnel connu en faveur des démocrates. C’est le cas de la Californie avec le Maryland. D’autres comme le Montana et les Etats du Midwest sont exclusivement colorés républicains.
Le vote ethnique concernant les communautés minoritaires noires, asiatiques et hispaniques joue un rôle important. Comme en 2008 avec Barack Obama, il est particulièrement scruté pour le scrutin à venir en raison notamment de la candidature de Kamala Harris, que certains sondages placent en tête de ce vote.
Par exemple, une récente étude sociologique de l’Institut Pew Research Center le 9 septembre crédite la candidate démocrate de 84% d’intentions de vote chez les électeurs noirs, 61% chez les Asiatiques et 57% chez les Hispaniques ou Latinos.
Cette analyse est cependant remise en cause par les chiffres publiés par l’agrégateur d’enquêtes statistiques ActiVote pour la vice-présidente, créditée de 47% d’intentions de vote contre 53% pour son adversaire Donald Trump auprès de l’électorat hispanique.
C’est la minorité ethnique la plus importante aux Etats-Unis. Traditionnellement, elle vote très majoritairement avec faveur du Parti démocrate. Mais, à en croire ActiVote, elle s’est sentie défavorisée par les mesures économiques prises par Joe Biden et Kamala Harris peine à la reconquérir.
Pour l’heure, rien n’est joué. Selon les analyses, la présidentielle du 5 novembre est l’une des plus incertaines de l’histoire américaine. Les sondages varient d’un jour à l’autre.
Pour Ntuda Ebodé, auteur d’une thèse de doctorat sur la politique aux Etats-Unis, les limites observées dans la gouvernance du président sortant qu’elle a dû remplacer au pied levé pour la course à ce scrutin majeur peuvent peser contre l’ex-sénatrice.
Aux Etats-Unis, le président et le vice-président sont élus au suffrage universel indirect. Le 5 novembre, les quelque 244 millions électeurs inscrits sur les listes électorales iront voter pour désigner un collège électoral composé de 538 grands électeurs, répartis en fonction du nombre de représentants que compte chaque Etat au Congrès.
Ce sont alors ces 538 grands électeurs qui éliront ensuite le président et le vice-président le 17 décembre. Pour être élu, un candidat doit recueillir les votes de 270 grands électeurs.
Quatre candidats indépendants prennent aussi part à l’élection : Cornell West (People’s Party) mais comme candidat indépendant, Chase Olivier (Parti libertin), Randall Terry (Parti de la Constitution) et Jill Stein (Parti écologique). (Fin)