Pourquoi fait-il si peur ?

YAOUNDE, 24 septembre (Aznapress) — Quelque 244 millions d’électeurs américains sont appelés aux urnes le 5 novembre pour élire leur futur président pour les quatre prochaines années lors d’un scrutin à l’issue incertaine selon les analyses, opposant la vice-présidente et candidate démocrate Kamala Harris à l’ex-président Donald Trump, victime de deux tentatives d’assassinat, qui interrogent.
A la tête de la première puissance mondiale pendant un seul mandat, de 2017 à 2021, Donald Trump, homme d’affaires et animateur de télévision de 78 ans, candidat républicain, cherche à reconquérir le pouvoir que lui avait ravi le démocrate Joe Biden il y a quatre ans, une ambition cependant contrariée par de multiples procès en justice et, plus grave encore, des atteintes à sa vie.
Victime d’une première tentative d’assassinat lors d’un meeting électoral le 13 juillet à Meridian près de Butler, en Pennsylvanie, au cours duquel il avait été légèrement blessé à l’œil, l’ex-président a une fois de plus été inquiété par des coups de feu d’un tireur embusqué sur le circuit de son golf à Palm Beach en Floride, lors d’une partie de jeu avec quelques amis le 15 septembre.
Si, tour à tour, Donal Trump n’a pas lui-même hésité à imputer ces menaces au président sortant Joe Biden et à sa rivale démocrate, la vice-présidente Kamala Harris, les accusant en outre d’instrumentaliser la justice contre lui pour l’empêcher de revenir aux affaires, les observateurs y trouvent matière à réflexion et évoquent eux aussi un complot aux mobiles facilement identifiables.
Selon le géostratège Joseph Vincent Ntuda Ebodé, enseignant à l’Université de Yaoundé II, ces mobiles sont à rechercher à la fois au plan interne des Etats-Unis et au plan international caractérisé par l’exacerbation des rivalités entre les grandes puissances mondiales, avec la guerre en Ukraine et les crises au Moyen-Orient comme une des manifestations les plus violentes.
Depuis le début du conflit armé avec la Russie le 24 février 2022, le pouvoir ukrainien a reçu des milliards de dollars d’aide militaire de l’administration américaine et de l’Union européenne (UE), qui représentent les principaux membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et en ont fait une guerre par procuration.
Donald Trump a certes laissé lors de ses précédentes quatre années à la Maison-Blanche à Washington, le souvenir du chef de l’exécutif américain ayant imposé les sanctions les plus sévères et les plus nombreuses à l’ennemi russe, mais il se dit opposé à ce conflit, promettant lors de sa campagne électorale du scrutin du 5 novembre d’y mettre fin par la négociation.
Né le 14 juin 1946 dans le Queens à New York, le milliardaire est critiqué par ses adversaires politiques pour son caractère imprévisible. Anti-establishment avec un look bling-bling, il continue de bénéficier d’une popularité impressionnante au sein de l’opinion publique américaine quatre ans après son départ du Bureau Ovale, selon les sondages qui annoncent un écart serré avec sa rivale Kamala Harris.
Surnommé The Donald, le 45e président américain se distingue par ailleurs comme un transhumant politique. Il n’est pas inconnu de ses adversaires actuels du Parti démocrate, au sein duquel il milite huit ans durant, de 2001 à 2009, pour marquer son opposition à George Bush.
Ses amitiés avec le Parti républicain remontent en 1987 jusqu’en 1999, date à laquelle il quitte le Grand Vieux Party (Grand Old Party) fondé en 1854, au profit du Parti de la réforme pour deux ans jusqu’en 2001. Il y revient en 2009 avant de s’en éloigner encore brièvement en 2011.
Le 20 janvier 2021 janvier, lors de l’Inauguration Day qui marque l’entrée en fonction du président élu comme lui-même à la même date en 2017, Donald Trump refuse d’assister à l’investiture de Joe Biden, après avoir été débouté de la quasi-totalité d’une série de recours introduits en justice pour contester la victoire de son successeur.
ASSAUT CONTRE LE CAPITOLE
Auparavant le 6 janvier, il prononce un discours incendiaire qui incite une foule nombreuse de ses partisans de l’extrême-droite du Parti républicain à manifester, avec à la clé un assaut contre le Capitole à Washington, où ceux-ci commettent des violences à l’encontre de certains membres du Congrès américain réuni en session.
Dès 2023, il fait alors l’objet d’un marathon judiciaire. En plus de quatre inculpations pour complot contre les Etats-Unis et pour « fausses déclarations, faux documents, usurpation de fonction publique, faux et usage de faux », il devient en avril et mai 2024 le premier ancien président reconnu coupable de faits criminels, dans des affaires de fraude fiscale et de corruption.
Accusé d’insurrection contre son pays et ses institutions, Donald Trump a été sous la menace de l’inéligibilité dans trois Etats américains : le Colorado, le Maine et l’Illinois. Toutefois, ces jugements ont été cassés par la Cour suprême, la plus haute instance judiciaire des Etats-Unis.
Comme en 2016 face à l’ex-première dame et ex-secrétaire d’Etat Hillary Clinton, Donald Trump bat campagne contre Kamala Harris avec le même slogan « Make America Great Again », soit une promesse de redonner à l’Amérique sa grandeur effritée selon lui sous le mandat de Joe Biden, après celui de Barack Obama qu’il remplace en 2017.
Pour Ntuda Ebodé, cette posture n’arrange pas les affaires des alliés européens et de l’OTAN des Etats-Unis qui y voient une sorte de trahison et d’abandon. De la sorte, le candidat républicain apparaît comme une bête à abattre, y compris pour les commanditaires présumés de ses déboires judiciaires, estime le spécialiste des relations internationales.
Donald Trump se lance de nouveau dans la course à l’élection présidentielle dès 2022 et très vite, il s’impose face à une dizaine d’adversaires lors des primaires républicaines tenues la même année.
Aux Etats-Unis, le président et le vice-président sont élus au suffrage universel indirect. Le 5 novembre, les quelque 244 millions électeurs inscrits sur les listes électorales iront voter pour désigner un collège électoral composé de 538 grands électeurs, répartis en fonction du nombre de représentants que compte chaque Etat au Congrès.
Ce sont alors ces 538 grands électeurs qui éliront ensuite le président et le vice-président le 17 décembre. Pour être élu, un candidat doit recueillir les votes de 270 grands électeurs.
S’il est élu, Donald Trump deviendra le deuxième président de l’histoire des Etats-Unis à être élu pour deux mandats non consécutifs, après Stephen Grover Cleveland, qui a dirigé la première puissance mondiale une première fois de 1885 à 1889, puis une seconde fois entre 1893 et 1897. L’issue du scrutin apparaît pour l’heure incertaine, selon les analyses. Les sondages qui se succèdent annoncent un écart serré entre le républicain et sa rivale démocrate, cette dernière étant toutefois créditée d’une courte avance. C’est ainsi que Joe Biden l’avait battu en 2020.