Appel à l’action politique pour valoriser les identités inspirantes du Cameroun et de l’Afrique

YAOUNDE, 4 juillet (AZNAPRESS) — Les identités inspirantes camerounaises et africaines, portées par des couches sociales de tous bords et plus fortes que les clichés sur la pauvreté, la misère, les guerres et la corruption, ont besoin d’actes marquants des dirigeants politiques pour être valorisées, ont plaidé dans un appel à l’action des intervenants d’une table ronde tenue cette semaine à Yaoundé.

« Le narratif est une construction politique. Ce sont des questions d’idéologie forcément. Derrière cela, on construit une pédagogie de la guidance », a souligné l’historien et critique d’art Joseph Owona Ntsama lors de la conférence intitulée « Les nouveaux enjeux du narratif autour de l’Afrique contemporaine », tenue lundi à l’antenne de Yaoundé de l’Institut français du Cameroun (IFC).
Cette thématique à elle seule constitue un indicateur qui démontre l’acuité de sa pertinence et les préoccupations qu’elle nourrit dans un contexte de foisonnement d’idées et d’initiatives témoignant de dynamiques d’éclosion, de créativité et d’innovation tant dans les villes que dans les contrées reculées de l’arrière-pays au Cameroun et sur l’ensemble du continent.
Une Afrique qui bouge et a envie de réécrire son histoire
Plus de 60 ans après les indépendances, peut-on encore brandir le fameux cliché véhiculé par l’agronome et sociologue René Dumont et prétendant, dans un ouvrage publié en 1962, que « l’Afrique noire est mal partie » ?
« On a une Afrique qui bouge, qui a envie de réécrire son histoire. C’est extraordinaire de voir que les jeunes arrivent à s’adapter à ces conditions difficiles » de famine, de guerres, de corruption, de violence, ou encore « cette maman qui vend des beignets et qui arrive à envoyer ses enfants à l’école », a tranché le journaliste Eric Christian Nya en service à la Cameroon Radio Television (CRTV), l’office public camerounais de radiodiffusion et de télévision.
La photographe Emily Pinna, installée à Yaoundé et qui se présente comme « un citoyen du monde », rend compte aussi dans son travail de ce dynamisme, de la créativité et de la joie de vivre qu’insuffle le continent. « Il est temps de changer le regard que l’on porte sur l’Afrique. C’est un continent en pleine transformation, qui ne demande pas à être sauvé, mas qui avance avec audace et beauté. »
La table ronde faisait aussi intervenir une créatrice de contenus, Inès Nstama, et une éditrice de livres pour enfants, Armelle Touko. Elle était adossée à une exposition photo sur le thème « La beauté en mouvement », une plongée dans l’univers de la mode, avec en bonne place par exemple un portrait du styliste camerounais de renom Imane Ayissi et des figures de mannequins.
Les modèles, filiformes, présentés ne sont cependant pas ceux obéissant aux critères africains qui font plutôt appel à des créatures féminines aux formes généreuses.
Les enjeux sont énormissimes
Riche de ses civilisations, l’Afrique se distingue par une mosaïque de terroirs fascinants de par leurs identités culturelles diversifiées et puissantes qui, en dépit des violents assauts extérieurs subis comme l’esclavage et la traite négrière, ont en tout temps constitué une précieuse source d’inspiration. En d’autres termes, elle a toujours débordé de dynamisme.
Les travaux de recherche de l’homme de science sénégalais de regrettée mémoire Cheikh Anta Diop sont par exemple là pour l’attester.
Pour Owona Ntsama, de simples évocations ne suffisent plus pour témoigner de cette réalité. « Pour qu’il y ait un impact, il faut que les politiques s’emparent de la question, en prenant des décisions fortes, parce que les enjeux sont énormissimes », a-t-il suggéré, en insistant que la construction des narratifs relève de l’idéologie et requiert la formation de modèles de citoyens propres à la cause.
Et qui dit idéologie, dit positionnement stratégique dans le concert des nations où prime la compétition. « C’est important de parler de repères » et de les promouvoir, a relevé à son tour Landry Mbassi, commissaire d’exposition et modérateur de la table ronde. (Fin/2025)