Atouts et défis pour la candidature du Cameroun aux BRICS

YAOUNDE, 22 septembre (Aznapress) — L’Egypte, l’Ethiopie, l’Arabie saoudite, l’Iran et les Emirats arabes unis, cinq nouveaux membres officiels depuis le 1er janvier 2024, prendront part à leur premier sommet des BRICS+ prévu vers fin octobre à Kazan en Russie, tandis qu’une soixantaine d’autres pays parmi lesquels le Cameroun cherchent à leur tour à rejoindre l’organisation intergouvernementale.
Créé en 2006, le groupe de pays composé à l’origine du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine puis élargi à l’Afrique du Sud en 2011, avec son poids économique remarquable et son influence grandissante sur la scène diplomatique mondiale, confirme au fil du temps son ambition de rassembler des pays en développement et faire contrepoids à la domination américano-européenne.
Sous l’instigation de la Chine et de la Russie, ses deux poids lourds, l’organisation communément appelée BRICS a, en effet, accéléré son extension lors de son quinzième sommet tenu en juillet 2023 à Fortaleza au Brésil, avec l’admission accordée à l’Egypte, l’Ethiopie, l’Arabie saoudite, l’Iran et les Emirats arabes unis, passant alors de cinq à dix membres et devenant à l’occasion BRICS+.
Pour le seizième sommet prévu du 22 au 24 octobre prochain à Kazan en Russie, de nouvelles autres adhésions sont attendues, selon des sources officielles russes qui ont fait état ces derniers jours d’une longue liste d’une soixantaine de postulants incluant des pays comme la Turquie, la Syrie, le Pakistan, la Thaïlande, la Malaisie, le Venezuela, le Sri Lanka, le Zimbabwe ou encore le Cameroun.
Principale économie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC, composée en outre du Congo, du Gabon, de la Guinée équatoriale, de la République centrafricaine et du Tchad), le Cameroun estime disposer d’atouts intéressants pour faire partie lui aussi de ce regroupement, comme le souligne à Aznapress le sociopolitiste Mathias Eric Owona Nguini.
De l’avis du professeur de sciences politiques et vice-recteur à l’Université de Yaoundé II à Soa, une banlieue de la capitale, ces atouts se résument par la position géographique centrale du pays en Afrique et son immense potentiel économique lié à son sous-sol riche en ressources minières et minérales encore peu exploitées.
La volonté du Cameroun de rejoindre le bloc des pays émergents obéit à la politique de diversification des partenariats édictée dès son arrivée au pouvoir en 1982 par le président Paul Biya, martelant tout le temps que « le Cameroun n’est la chasse gardée de personne ». En plus de l’ONU, de l’Union africaine (UA) et de la CEMAC, le pays est membre de diverses autres organisations.
L’on peut citer ainsi : l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), le Commonwealth of Nations, l’Organisation de la Conférence islamique (OCI), le Mouvement des non-alignés, la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), la Commission du Bassin du lac Tchad (CBLT).
Le chef de l’Etat camerounais est un partisan du multilatéralisme, qui selon lui doit faire prévaloir un monde de justice et d’équité prenant en compte les préoccupations et les aspirations des plus faibles, comme il le rappelait encore dans son discours lors des cérémonies commémoratives du 80ème anniversaire du Débarquement de Provenance en France, où il a été récemment invité.
D’où le plaidoyer régulièrement aussi exprimé en faveur de la réforme de la gouvernance mondiale toujours dominée par les puissances occidentales.

Le prochain sommet des BRICS+ en Russie comporte un autre enjeu majeur, qui la mise en place d’un système financier et d’un système de paiement propres à eux concourant à renforcer leur autonomie dans la finance internationale et à diminuer leur dépendance au dollar américain et aux systèmes financiers comme SWIFT.
En cas de concrétisation de cette opération, il s’agira là d’un tournant décisif dans l’ambition de cette organisation de remodeler l’ordre économique mondial actuel sous domination occidentale, après le lancement des activités en 2023 de sa nouvelle banque de développement dont la gestion a été confiée à l’ex-présidente brésilienne Dilma Rousseff et dont le siège est basé à Shanghai en Chine.
Initialement désignée Banque des BRICS, la création de cette institution avait été annoncée lors du sommet tenu en 2013 à Durban en Afrique du Sud et rendue effective deux ans plus tard, avec un capital initial de l’ordre de 100 milliards de dollars US. Elle se veut une alternative à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international (FMI), jugés comme des instruments de domination occidentale.
Au cours des derniers mois, la Chine et la Russie se sont illustrées par une offensive diplomatique par laquelle les deux puissances économiques ont adressé des recommandations à quelques-uns de leurs nouveaux membres à l’instar de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis et de l’Iran, pour les inciter à ne plus utiliser le dollar américain lors de leurs transactions commerciales liées au pétrole.
Bien évidemment, la forte montée en puissance des BRICS et leur extension croissante ébranlent les Etats-Unis et l’Europe, dont l’influence géopolitique s’en trouve fortement remise en cause et érodée.
Selon le dernier classement annuel du FMI en 2023, la Chine est la deuxième économie mondiale, l’Inde, cinquième, la Russie, neuvième, devant le Brésil, dixième, et l’Afrique du Sud, trente-deuxième. Le bloc totalise aujourd’hui près de 3,3 milliards d’habitants, soit 45% de la population mondiale, et un PIB (produit intérieur brut) global de 32,1% du total mondial, contre 29,9% pour le G7. S’il parvient à y être admis, le Cameroun aura beaucoup d’avantages à en tirer pour accélérer son décollage économique qui est cependant appelé à relever de nombreux défis en termes de gouvernance, juge Owona Nguini.
En Afrique, en dehors de l’Afrique du Sud, de l’Egypte et de l’Ethiopie, ses trois membres officiels du continent, d’autres pays se positionnent pour des partenariats bénéfiques pour la réalisation de projets d’infrastructures socioéconomiques de grande envergure avec les BRICS+.
C’est le cas de la République centrafricaine (RCA), qui a été désignée comme siège de l’organisation en Afrique centrale. Le pays a en outre conclu d’importants accords portant, entre autres, sur la construction d’un nouvel aéroport ultramoderne à Bangui comprenant un grand complexe commercial et d’une ligne de chemin accompagnée d’une route pour le relier au port de Khartoum au Soudan.
Un projet similaire a également été retenu en direction du Tchad, autre voisin de la RCA.
De son côté, la Guinée équatoriale a manifesté l’intention en faveur de l’ouverture sur son sol d’un institut d’études politiques des BRICS ainsi que de l’installation d’une usine de montage de véhicules hybrides. (Fin)