Israël-Iran : dessous de cartes d’un conflit à risque de « catastrophe existentielle »

YAOUNDE, 16 juin (AZNAPRESS) — La guerre que se livrent Israël et l’Iran depuis vendredi dernier fait redouter le spectre d’un conflit large et d’une « catastrophe existentielle » relevant du poids technologique et stratégique très élevé des arsenaux dont disposent les deux rivaux du Moyen-Orient et leurs alliances militaires avec les grands acteurs de la scène mondiale, de l’avis des observateurs.

« Si on situe cet épisode dans le registre du linkage qui était une théorie de la Guerre froide consistant à dire que tous les problèmes qui pouvaient se poser à travers le monde étaient liés à la question de la Guerre froide, dans cette hypothèse cela va nécessairement déboucher sur un conflit davantage large », a souligné dans une analyse avec AZNAPRESS Joseph Vincent Ntuda Ebodé, expert des questions de stratégie.
« Il pourrait donc naître ici une extension du conflit russo-ukrainien ou russo-otanien ou russo-occidental comme cela est dit par certains observateurs », a poursuivi l’enseignant de sciences politiques et directeur de Centre de recherches et d’études politiques et stratégiques (CREPS) de l’Université de Yaoundé II au Cameroun.
L’HYPOTHESE D’UN EMBRASEMENT GLOBAL MERITE D’ÊTRE NUANCEE
Les attaques mutuelles par des missiles et des drones kamikazes entre l’Etat hébreu, qui utilise aussi des frappes aériennes de son aviation, et la République islamique se sont poursuivis lundi au quatrième d’une escalade sans précédent, mais selon Ntuda Ebodé l’hypothèse d’un plus embrasement global du conflit mérite d’être nuancée.
En Israël, détenteur lui-même de l’arme nucléaire, le gouvernement de Benjamin Netanyahou soutient que son attaque contre l’Iran survenue vendredi matin vise à neutraliser le programme nucléaire de Téhéran afin d’empêcher celui-ci de se doter de la bombe atomique.
Dans une analyse publiée sur X, le journaliste et écrivain belge Michel Collon soupçonne Israël de vouloir détruire son voisin et grand rival pour régner en maître au Moyen-Orient. Mais en cas d’échec de ce pari somme toute risqué, l’administration et le peuple israéliens se trouveront « en situation de disparition et ils vont utiliser leur arsenal nucléaire contre l’Iran et contre d’autres pays ».
LA RUSSIE NE RESTERA PAS INACTIVE
« Il est probable que la Russie [allié de l’Iran, NDLR] ne restera pas inactive et donc qu’on risque de s’acheminer petit à petit, parce que c’est toujours l’escalade, vers une confrontation entre les Etats-Unis et la Russie », prévient-il aussi.
Depuis samedi, le Premier ministre israélien sollicite avec insistance l’appui des Etats-Unis, son grand parrain, en faveur de sa vaste campagne militaire qu’il prévoit sur une durée d’au moins deux semaines contre « le régime des Mollahs » à Téhéran.
L’armée américaine dispose de plusieurs bases militaires et environ 40.000 soldats au Moyen-Orient. Mais pour Ntuda Ebodé, le risque d’extension du conflit « ne peut pas être analysé comme étant certain dans l’absolu, en raison du fait que la théorie de la destruction mutuelle assurée va amener les plus grandes puissances en scène à peser le pour et le contre, en sachant ce que l’une et l’autre ont en main [la bombe atomique] pour exterminer ou pour s’exterminer ».
« Cette angoisse existentielle peut jouer pour que le résultat soit plutôt celui de la retenue. Ça peut aboutir à une catastrophe existentielle, à une neutralisation collective, universelle, civilisationnelle de l’espèce humaine », avertit-il.
PORTE-AVIONS US GERARLD FORD ET AVIONS RAVITAILLEURS EN VOL
Certains sites d’information en Europe ont fait état lundi de ce que les Etats-Unis ont déplacé de la mer de Chine vers l’Europe son porte-avions USS Nimitz, y compris le déploiement depuis le territoire américain d’un nombre sans précédent d’avions ravitailleurs en vol et le repositionnement de satellites au Moyen-Orient.
La veille dimanche, le Premier ministre britannique Keir Starmer, allié de Netanyahou et un des fournisseurs d’armes à Israël, a annoncé sans donner de détails l’envoi de « ressources » pour la protection dans cette région.
Pour l’économiste français Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand, « la guerre Iran/Israël devrait en toute logique se terminer par la fin des deux gouvernements religieux [à Tel-Aviv et à Téhéran, NDLR]. Même si rien n’est logique dans cette raison ».
UN PETIT CONSEIL POUR L’IRAN
Sur son compte X, le président chinois Xi Jinping, allié et principal client de l’Iran pour les hydrocarbures, a publié un court message en anglais disant : « Israël must stop », en français Israël doit cesser son attaque, avant de la qualifier dans une déclaration par la suite d’« inacceptable » et de « violation du droit international et de la souveraineté territoriale de l’Iran ».
Vladimir Poutine, le président russe, a, pour sa part, a adressé par un tweet sur son compte X aussi « un petit conseil pour l’Iran » avec la mention : « Apprends de la Corée [du Nord] et possède les armes nucléaires ».
Ces déclarations des dirigeants chinois et russe en disent long sur les enjeux stratégiques et les potentiels développements du conflit qui secoue le Moyen-Orient en ce moment, à la suite de la longue offensive toujours en cours de l’armée israélienne à Gaza dans les Territoires palestiniens et au Liban contre le Hezbollah, groupe armé proche de l’Iran. Ce conflit a déjà causé en quatre jours des dégâts matériels et humains immenses. Des sites sensibles et stratégiques tels que des installations militaires, nucléaires, pétrolières et gazières, des bâtiments gouvernementaux et des lieux de résidence sont attaqués systématiquement de part et d’autre. Les pertes humaines sont lourdes, bien que les chiffres officiels s’emploient à les minimiser. (Fin/2025)