Le Cameroun perd plus de 56.000 milliards e fracs CFA dans les flux financiers illicites

YAOUNDE, 6 septembre (AZNAPRESS) — Les flux financiers illicites freinent le développement du Cameroun, se chiffrant à un montant cumulé de plus de 56.000 francs CFA au cours des cinq dernières décennies, s’alarme dans un rapport la Banque africaine de développement (BAD) au moment où une étude de l’Union africaine (UA) s’inquiète de l’expansion du fléau sur le continent.
« Les flux financiers constituent un obstacle majeur à la mobilisation des ressources. Entre 1970 et 2022, le Cameroun aurait perdu 56.359,4 milliards de francs CFA, soit 80,5% du gap de financement de la Stratégie nationale de développement (SND30) d’ici à 2030 (70.000 milliards de francs CFA », indique le Rapport Pays 2025 de l’institution financière, publié récemment.
Pour l’année 2023, les pertes enregistrées par les services douaniers camerounais sont estimées à 114,4 milliards de francs CFA, poursuit le rapport.
Le transfert et l’utilisation traversent les frontières nationales
Ces sont des ressources qui échappent aux circuits institutionnels dévolus au financement du développement. Elles sont désignées comme des « mouvements financiers illicites dans leur origine, leur transfert ou leur utilisation qui traversent les frontières nationales d’un pays pour se retrouver en général hors d’Afrique ».
Un Comité de coordination de la lutte contre le blanchiment des capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive est opérationnel depuis juin 2024, venant s’ajouter à l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF) mise en place près de vingt ans auparavant, en 2005.
Mais, depuis l’année dernière, le Cameroun demeure inscrit sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), organisme intergouvernemental créé en 1989 notamment pour établir des normes et promouvoir des politiques pour lutter contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme dans le monde.
Mis à l’index à cause de « dispositifs institutionnels présentant des vulnérabilités et des risques pour le système mondial de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme » selon cette organisation, le pays devra attendre jusqu’en 2026 pour rendre compte de ses progrès réalisés dans la mise en œuvre des recommandations visant à juguler ces deux phénomènes.
Rapport du panel de haut niveau de l’Union africaine
Ce n’est pas le seul pays africain où les flux financiers illicites sont jugés préoccupants. Un panel de haut niveau de l’Union africaine (UA) vient en effet de rendre son rapport sur la question, qui évalue les pertes liées à ce fléau à 88 milliards de dollars américains chaque année pour l’ensemble du continent.
Le groupe conduit par l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki dresse une liste de causes du phénomène comprenant « l’insuffisance des bases de données douanières, la faible régulation des institutions financières non bancaires, la forte dépendance aux transactions en espèces, l’absence de contrôle des bureaux de change, la réglementation laxiste sur l’ouverture de comptes bancaires non-résidents ».
Dans son rapport sur la conjoncture économique du Cameroun, la BAD recommande à celui-ci comme mesures pour une lutte efficace : « une approche multidimensionnelle, le renforcement de la transparence fiscale et douanière, la coopération internationale en matière de lutte contre l’évasion et l’érosion fiscales et l’amélioration des flux frontaliers ». (FIN/2025)