Pétrole : l’Afrique peut-elle souffrir d’un embrasement au Moyen-Orient ?

YAOUNDE, 17 octobre (Aznapress) — La menace d’une riposte israélienne à l’attaque massive iranienne aux missiles du 1er octobre se précise chaque jour, avec les inquiétudes quant à d’éventuels bombardements contre des installations pétrolières de la République islamique, un scénario qui fait planer des incertitudes sur le marché du pétrole déjà confronté à une baisse de consommation.
A la suite de cette attaque justifiée par l’Iran comme une réaction aux assassinats en juillet et septembre des chefs du Hamas palestinien Ismaël Haniyeh et du Hezbollah libanais Hassan Ramallah par l’armée israélienne, Benjamin Netanyahou, le chef du gouvernement israélien, avait averti que Téhéran paierait un prix élevé.
Vendredi dernier, le président américain Joe Biden a réaffirmé lors d’un énième entretien téléphonique avec celui-ci son opposition à des bombardements israéliens contre des installations pétrolières iraniennes, en réponse à la frappe de 180 à 200 missiles balistiques menée par Téhéran sur le territoire israélien le 1er octobre.
Les mêmes appels à la retenue sont lancés par les monarchies du Golfe, en tête l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole brut, qui s’activent au plan diplomatique auprès de Washington, craignant un embrasement du Moyen-Orient susceptible de perturber un marché déjà plongé dans l’incertitude à cause de la baisse de la demande de la Chine, premier importateur mondial.

Pour l’expert financier et économiste Bernard Ouandji interrogé par Aznapress, « un conflit armé en Ukraine ou à Gaza n’est pas un facteur de chute permanente des cours du pétrole, ni de flambée du reste. Certes, les variations des cours du pétrole peuvent sembler erratiques, mais sur la durée les cours finissent par refléter la balance de l’offre et de la demande globales ».
L’histoire montre plutôt que les cours du pétrole augmentent toujours avec la guerre. En 2022, ils ont bondi à 77,94 dollars le baril de Brent de la mer du Nord à Londres suite à la guerre en Ukraine.
C’est le niveau le plus élevé depuis la crise financière mondiale survenue en 2009 et alors qu’à cause de la pandémie mondiale de COVID-19 ces prix avaient replié à 24,65 dollars le baril.
En 1980, lors de la guerre Iran-Irak, un rebond à 76,93 dollars le baril avait été aussi enregistré, tandis que le prix précédent était de 39,65 dollars.
UNE MARGE BENEFICIAIRE POUR LES PAYS AFRICAINS
Dans son analyse à Aznapress, Ouandji, ancien haut fonctionnaire de l’ONU, explique que « l’irruption d’un conflit localisé dans la zone de production future de pétrole pourrait ralentir les nouveaux projets demain. Cependant, les anciens projets doivent continuer tant que les coûts d’exploitation sont couverts par les recettes même sous des cours diminués ».
« De toute façon, précise-t-il, il y a une limite inférieure à la chute du prix du pétrole qui s’appelle le « cost plus », puisque les grandes compagnies ne peuvent pas pomper le pétrole pour le vendre en-dessous des coûts d’exploitation. Dès lors, il existera toujours une marge bénéficiaire pour les pays africains qui jouissent de ces hydrocarbures. »
Le Moyen-Orient occupe une position dominante dans le marché du pétrole brut. Il représente notamment les tiers de l’approvisionnement.
Avec une production estimée à environ 3,3 millions de barils par jour au cours des derniers mois, l’Iran se classe troisième producteur mondial de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), derrière l’Arabie saoudite et la Russie.
Ses réserves, estimées à 157,8 milliards de barils, sont les quatrièmes plus grandes du monde, soit 9,3%.
En cas de frappe israélienne contre son infrastructure pétrolière, la République islamique verrait ses capacités d’approvisionnement réduites de 300.000 à 450.000 barils, selon les estimations.
Téhéran possède cependant une double arme qu’il n’hésiterait pas à utiliser si cette éventualité venait à se réaliser, préviennent les analystes. Il s’agit notamment de la fermeture du détroit d’Ormuz par lequel transite 20% du commerce mondial ou bien le scénario de 2019 où avait bombardé l’infrastructure de l’Arabie saoudite en réaction à une attaque israélienne similaire.
UNE EMBELLIE DES COURS POSITIVE POUR LES ENERGIES DE SUBSTITUTION
Une crise énergétique consécutive à un embrasement du Moyen-Orient et entraînant une chute sévère des cours du pétrole ne fait cependant les affaires de personne. Car aujourd’hui, une embellie du marché avec des cours élevés ou acceptables comme ceux pratiqués en ce moment et depuis deux ans produit un effet positif sur d’autres sources d’énergie.
« Ça rentabilise le solaire, l’éolien, le commerce des véhicules électriques, bref toutes les énergies de substitution. Nul n’a intérêt à ce que les prix chutent », fait remarquer Ouandji.
Pour l’expert encore, « depuis une vingtaine d’années, l’on observe l’accroissement du nombre de pays africains qui entrent dans la catégorie dite « net oil exporter » ou exportateur net de pétrole. Le Niger est le dernier en date à rejoindre ce club, précédé par le Ghana et la Côte d’Ivoire. Demain sans doute l’Ouganda, grâce au pétrole du Lac Victoria, puis le Mozambique ».
Le Sénégal a aussi rejoint le club. « Ces hydrocarbures procurent des ressources nouvelles aux Etats africains producteurs de pétrole et gaz, en même temps que leur extraction est conforme aux besoins de grands pays consommateurs. Le rôle des gouvernements africains est de tirer le meilleur parti de ces ressources additionnelles », recommande alors l’économiste.
Le poids d’Afrique dans le marché du pétrole brut est marginal. En 2023, la part du continent dans la production de cette ressource était de 6,26%, soit 6,40 millions de barils par jour et 10% des réserves mondiales, selon les données publiées par l’Agence internationale de l’énergie (AIE). (Fin)