Rupture de la coopération militaire : le Tchad accentue le recul de l’influence française en Afrique

YAOUNDE, 30 novembre (Aznapress) — A la surprise générale, les autorités du Tchad ont décidé jeudi de mettre fin à l’accord de défense conclu avec la France dès l’accession du pays d’Afrique centrale à l’indépendance en 1960, une décision qui accentue la perte du contrôle sur son ex-pré carré francophone d’Afrique et plus largement le recul de son influence sur le continent.
Cette décision, prise au lendemain d’une visite de Jean-Noël Barrot, le ministre français des Affaires étrangères, dans un camp des réfugiés soudanais mercredi à Adré, à l’Est du Tchad, traduit l’ambition du pays « d’affirmer sa souveraineté pleine et entière, et de redéfinir ses partenariats stratégiques selon ses priorités nationales », a indiqué le pouvoir dans un communiqué officiel.
Pour le socio-politiste Mathias Eric Owona Nguini, enseignant et vice-recteur à l’Université de Yaoundé II au Cameroun interrogé par Aznapress samedi, c’est la conséquence du refus de l’ex-puissance coloniale européenne de prendre en compte les appels de plus en plus pressants de ses ex-colonies à la révision de leurs alliances historiques jugées hors de mode par celles-ci.
Selon les chiffres officiels, un contingent de 1.000 soldats français est stationné en ce moment sur la base militaire créée depuis des décennies sur une aile de l’aéroport international de N’Djamena, la capitale tchadienne. C’est le plus important, devant celui présent avec 650 hommes en Côte d’ivoire.
Il s’agit d’un effectif renforcé après le redéploiement des troupes initialement positionnées au Mali et au Niger dans le cadre de l’opération Barkhane mise sur pied en 2013 pour lutter contre le terrorisme dans le Sahel, région à laquelle les deux pays d’Afrique de l’Ouest appartiennent avec le Burkina Faso, la Mauritanie, le Sénégal et le Tchad.
Hasard de calendrier, le Sénégal, qui abrite une unité de 350 soldats français selon les chiffres officiels, a aussi demandé leur retrait.
La France avait déjà été chassée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, les trois pays aujourd’hui dirigés par des pouvoirs militaires ayant en outre décidé de rompre leurs relations diplomatiques avec elle après l’avoir contrainte de retirer ses troupes présentes sur leurs territoires respectifs. Elle a aussi été supplantée en République centrafricaine (RCA) par la Russie. (Fin)