Continuité ou changement, quelle politique africaine du futur président américain ?

YAOUNDE, 4 novembre (Aznapress) — Ce mardi est jour de vote aux Etats-Unis où des millions d’électeurs inscrits se rendent aux urnes pour choisir leur futur président pour les quatre années à venir entre la vice-présidente sortante Kamala Harris et l’ex-président Donald Trump et ouvrir la voie comme d’habitude à un nouveau cap dans les relations entre les Etats-Unis et le reste du monde.
Ni dans leurs débats télévisés ni dans leurs meetings respectifs, l’Afrique comme depuis toujours n’a figuré parmi les thèmes de campagne des deux candidats démocrate Kamala Harris et républicain Donald Trump de l’élection présidentielle de ce 5 novembre aux Etats-Unis.
Au demeurant, cette absence de l’agenda électoral n’occulte nullement l’intérêt croissant que la première puissance mondiale, en compétition avec la Chine et la Russie, ses deux principales rivales, pour la conquête des parts de marchés et l’accès aux ressources naturelles africaines, manifeste à l’égard du continent noir.
C’est pour cette raison que le professeur Joseph Vincent Ntuda Ebodé, géostratège enseignant à l’Université de Yaoundé II au Cameroun interrogé par Aznapress, invite à « cesser de voir l’Afrique comme quelqu’un qui cherche à profiter des élections des autres ». Car, « si on regardait richesse par richesse, tous ces pays [occidentaux] sont pauvres par rapport à l’Afrique ».
« L’Afrique a imposé le multilatéralisme comme modèle de régulation politique, en refusant d’être un bébé de l’Occident sur tout sujet. L’Afrique accepte d’avoir autant de partenaires qu’elle voudra et ce sont ces puissances occidentales qui sont contre ce choix », poursuit-il.
En clair, insiste Ntuda Ebodé par ailleurs directeur du Centre de recherche et d’études politiques et stratégiques de l’Université de Yaoundé II, les puissances occidentales ont besoin de l’Afrique plus qu’elle n’a besoin d’elles. « Avec une moyenne de 50 pour cent de bonne gouvernance, l’Afrique n’irait rien chercher chez les autres. »
Pour la première fois, les Etats-Unis se sont prononcés lors de l’ouverture des travaux de la 79e Assemblée générale des Nations Unies en septembre à New York en faveur de l’octroi à l’Afrique de deux sièges de membres permanents au Conseil de sécurité de l’organisation mondiale, que le continent réclame avec insistance depuis de longues années.
Par ailleurs, à commencer par la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations de football (CAN) jouée entre janvier et février en Côte d’Ivoire, l’administration américaine a multiplié tout au long de cette année des missions de haut niveau comprenant parfois Antony Blinken, le secrétaire d’Etat en personne, dans de nombreux pays du continent.
LE GOLFE DE GUINEE ZONE D’INTERET VITAL POUR LES ETATS-UNIS
Le Sénat américain avait déclaré le golfe de Guinée « zone d’intérêt vital pour les Etats-Unis », un espace réputé riche en hydrocarbures (pétrole et gaz naturel) et ressources halieutiques et très convoité par la Chine, la Russie et d’autres puissances mondiales.
Cette région est l’un des cinq pôles de concentration stratégique où les rivalités sont rudes entre les Etats-Unis et la Chine, d’une part, et la Russie, d’autre part, pour la projection de leur puissance.
Les quatre autres étant le pourtour méditerranéen, la bande sahélo-sahélienne, l’océan Indien et le golfe d’Aden.
En réponse aux financements massifs de la Chine dans les infrastructures en Afrique, les Etats-Unis se sont lancés à leur tour à encourager leurs entreprises à investir dans le même domaine, comme c’est le cas du corridor de Lobito pour relier l’Angola au Copperbelt ou Ceinture du cuivre en Zambie.
Ils sont aussi très actifs dans la promotion et le financement des initiatives visant à la protection de l’environnement sur le continent, en particulier dans le Bassin du Congo connu pour être le deuxième poumon écologique de la planète après l’Amazonie en Amérique du Sud.
Contraint de retirer ses troupes déployées au Niger, pays de la région sahélo-sahélienne où leur présence a été jugée sans réel impact dans la lutte contre le terrorisme toujours rampant, Washington a cependant maintenu sa coopération avec Niamey et entend même la renforcer.
En témoigne, la visite effectuée la semaine dernière dans la capitale fédérale américaine du Premier ministre nigérien Ali Lamine Zeine, marquée par une rencontre avec Antony Blinken.
De la sorte, une fois de plus, le rendez-vous électoral de ce mardi mobilise l’attention à la fois des opinions publiques et des classes dirigeantes en Afrique, les unes et les autres se montrant préoccupées de connaître tout comme les citoyens américains eux-mêmes, l’identité du futur locataire de la Maison-Blanche et les orientations de sa politique africaine après son investiture le 20 janvier. Ceci étant, qu’il s’appelle Kamala Harris, la candidate démocrate et vice-présidente sortante, ou Donald Trump, le candidat républicain et ancien président (2017-2021), qu’est-ce que l’Afrique peut-elle attendre du successeur de Joe Biden ?