Le chef du patronat camerounais tacle le FMI et l’invite à cesser son « assistance respiratoire » à l’Afrique

YAOUNDE, 21 novembre (Aznapress) — Le Fonds monétaire international (FMI) et les autres grands bailleurs de fonds multilatéraux comme la Banque mondiale doivent cesser de maintenir les économies africaines sous « assistance respiratoire permanente », a plaidé face à une délégation du FMI à Yaoundé le président du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM), Célestin Tawamba.
« On est en assistance permanente. On est en perfusion par les bailleurs de fonds. Nous avons besoin de sortir des salles où on est en assistance respiratoire. Libérez-nous. Nos économies sont fortement informelles. C’est cette économie-là qui crée la richesse. Donc, les modèles économiques que l’on met sur pied pour évaluer nos économies [ne sont pas adaptés] », a-t-il dit.
Dans son nouveau rapport annuel sur les perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne publié le vendredi 14 novembre dans la capitale camerounaise, le FMI s’est une fois de plus alarmé des niveaux d’endettement jugés élevés et préoccupants de cette région du monde, invitant à les ramener à la baisse et à resserrer les cadres budgétaires et les politiques macroéconomiques.
Dans le même temps cependant, ces économies font face à un besoin crucial de ressources pour se doter d’infrastructures nécessaires pour impulser leur progrès en renforçant notamment leur tissu technologique et industriel, qui est connu pour être faible ou embryonnaire dans bien cas, et pis encore inexistant dans d’autres cas.
Le chef du patronat camerounais s’est montré opposé au « dogme » du FMI sur l’endettement en déclarant : « Il est temps de faire des choix. On est extrêmement malade, on a besoin d’une thérapie forte (…) [Nous] effectivement besoin de financements importants, mais ce que vous donnez à chaque fois, compte tenu de l’enjeu (…) c’est trop petit, c’est trop petit ».
« On a besoin de plus de d’argent. Arrêtez de nous dire qu’on est endetté (…) On a besoin d’endettement pour faire les routes. On a besoin d’endettement pour faire l’électricité. On a besoin d’endettement pour soutenir l’entreprenariat. Ce n’est pas mauvais l’endettement, c’est la qualité de l’endettement [qui compte] », a-t-il ajouté.
Le chef du patronat camerounais estime que l’évaluation des économies africaines sur la base des taux de croissance n’est pas réaliste. « C’est exactement la même chose depuis une vingtaine d’années. Vous parlez de taux de croissance, le résultat est le même », a-t-il relevé, évoquant les faibles avancées enregistrées par les pays d’Afrique subsaharienne pour leur développement.
« Il faut reconnaître que l’on doit se contenter à chaque fois des petits résultats, des mesurettes : 3 à 4%. Avec ces taux, l’émergence dont on parle au Cameroun, il nous faudra 79 ans [pour l’atteindre] », a-t-il regretté à cet effet. « Moi je dis, comme a dit mon confrère malgache : n’empêchez pas l’Afrique de se développer, n’empêchez pas l’Afrique de s’industrialiser. » (Fin)