CEMAC : un sommet d’urgence et moult interrogations

YAOUNDE, 16 décembre (Aznapress) — Les chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) tiennent un sommet extraordinaire ce lundi à Yaoundé au Cameroun, une réunion de crise qui suscite des interrogations pour une zone traversée par de graves difficultés économiques et où les récents événements en Syrie ne manquent pas de retenir l’attention.
C’est le troisième rendez-vous du genre depuis début 2024, après ceux des mois de février et d’avril. L’enjeu, selon un communiqué de presse rendu public par la Commission de la CEMAC, est de « permettre de définir une feuille de route pour dynamiser l’économie de la zone CEMAC et renforcer sa résilience face aux chocs externes ».
Il s’agit aussi, poursuit l’instance administrative de l’organisation sous-régionale, de « tracer des orientations pour renforcer les réformes structurelles en vue d’améliorer les performances économiques des pays de la zone CEMAC ».
Le sommet de Yaoundé « se tient dans un environnement économique comparable au contexte qui a présidé à la tenue à Yaoundé, le 23 décembre 2016, d’une concertation similaire. En effet, la situation macroéconomique de la CEMAC présente des signaux d’alerte préoccupants », souligne pour sa part le dossier de presse confectionné par la présidence du Cameroun, hôte des assises.
Selon l’exécutif camerounais, « même si les agrégats annoncent un taux de croissance positif, la tendance amorce, petit à petit une inclination, au déclin en raison du niveau d’inflation au-dessus du seuil de convergence, un risque de surendettement, sans exclure une tendance baissière des réserves extérieures, malgré les cours favorables du pétrole ».
La CEMAC a vu le jour en 1994, en remplacement de l’Union douanière et économique de l’Afrique centrale (UDEAC, fondée au lendemain des indépendances africaines en 1964). Elle regroupe six pays, à savoir : le Cameroun, du Congo, du Gabon, de la Guinée équatoriale, la République centrafricaine (RCA) et le Tchad.
A l’exception de la RCA, ces pays sont producteurs et exportateurs de pétrole. Cette ressource représente d’ailleurs la principale source de devises du Congo, du Gabon et de la Guinée équatoriale. C’est ainsi que la chute brutale des prix mondiaux de l’or noir a provoqué une crise économique dans la sous-région en 2016.
Pour tenter d’enrayer le marasme, les six pays de la CEMAC ont conclu tour à tour dès 2017 des accords d’ajustement structurel avec le Fonds monétaire international (FMI), avec l’obligation d’appliquer une série de réformes consistant notamment à résorber leurs déséquilibres budgétaires, à améliorer la qualité de leur dépense publique et à renforcer la compétitivité de leurs économies respectives par un accroissement des investissements publics utiles pour le développement.
AMPLIFICATION DES DESEQUILIBRES BUDGETAIRES
Dans sa présentation des indicateurs économiques régionaux, le pouvoir camerounais s’inquiète de ce que « des experts ont constaté une amplification des déséquilibres budgétaires dans certains pays ».
« À court terme, relève-t-il, cette situation critique compromet le décaissement des appuis budgétaires du FMI au profit du Cameroun, le Congo et la RCA. Seul un engagement régional des plus hautes autorités de la CEMAC pourrait débloquer la situation. »
Le FMI estime que la croissance économique en zone CEMAC devrait se situer à 3,7% en 2024 et reculer à 3,0% en 2025, en lien avec la hausse de l’activité pétrolière en 2024 et la bonne tenue de la production non pétrolière à court et moyen termes, notamment dans les activités agricoles et agroalimentaires.
Cette croissance serait portée en particulier par les performances attendues au Cameroun et au Tchad, analyse l’institution financière internationale.
Selon l’économiste Bernard Ouandji interrogé par Aznapress, « les pays d’Afrique centrale font face à de sombres performances. Certains pays comme le Cameroun et le Tchad voient leur production d’hydrocarbures décliner, d’autres pays sont englués dans une dette énorme. C’est le cas du Gabon, du Congo-Brazzaville. Le Cameroun vient de voter un budget où le montant de la dette dépasse le montant des salaires ».
L’ex-conseiller économique principal des Nations Unies en Angola cite le dossier de presse de la présidence camerounaise « qui mentionne l’ajustement monétaire, c’est-à-dire une dévaluation en tant qu’un outil pour la relance économique. Mais immédiatement le même communiqué dit que la dévaluation n’est pas à l’ordre du jour. Nous prenons ça pour vrai ». « Donc, poursuit-il, ce lundi 16 décembre il n’y aura pas de dévaluation du franc CFA. Reste à savoir par quelle voie les chefs d’Etat vont relancer économies de la CEMAC, parce qu’ils ont à choisir entre la déflation et l’inflation provoquée par une dévaluation. Il faut choisir l’une des deux, parce qu’il ne faut pas choisir les deux à la fois comme ce fut le cas en 1993. » (Fin)