Le Rwanda accuse la CEEAC d’être instrumentalisée par la RDC et annonce son retrait

YAOUNDE, 8 juin (AZNAPRESS) — Le Rwanda a annoncé son retrait de la Communauté économique des Etats de l’Afrique (CEEAC) à l’issue d’un sommet ordinaire tenu le samedi 7 juin 2025 à Malabo en Guinée équatoriale, après avoir été privé de la présidence tournante de l’organisation instrumentalisée selon lui par la République démocratique du Congo (RDC).
« Le Rwanda déplore l’instrumentalisation de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC) par la RDC, avec le soutien de certains Etats membres », souligne le communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale peu après la tenue du sommet de Malabo.
« Cette dérive s’est une fois de plus manifestée lors du 26e Sommet ordinaire tenu aujourd’hui à Malabo, où le droit du Rwanda à la présidence rotative, telle que stipulée dans l’article 6 du traité, a été ignoré pour imposer le diktat de la RDC », poursuit le texte abondamment relayé sur les réseaux sociaux.
Ce sommet, sur les onze pays membres de la CEEAC, a enregistré la participation de sept chefs d’Etat : l’Equato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, les Congolais Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville) et Félix Antoine Tshisekedi (RDC), le Gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, le Centrafricain Faustin Archange Touadéra, le Sao Toméen Carlos Manuel Vila Nova et le Tchadien Mahamat Idriss Déby Itno.
Le Burundi était représenté par son vice-président Prosper Bazombanza, le Rwanda par son Premier ministre Edouard Ngirente, puis l’Angola et le Cameroun par leurs ministres des Relations extérieures.
Le Rwanda s’attendait à accéder à la présidence tournante de la CEEAC, après deux ans de mandat de la Guinée équatoriale, en application des textes de l’organisation. Il n’en a rien été.
OBIANG NGUEMA MAINTENU PRESIDENT EN EXERCICE POUR AN DE PLUS
Des conclusions de leur rendez-vous, il ressort que les chefs d’Etat présents à Malabo ont préféré « maintenir SEM. OBIANG NGUEMA MBASOGO comme Président en Exercice de la Communauté pour une période supplémentaire d’une année », selon le communiqué final du sommet.
Pour Kigali, cette « remise en cause de ses droits garantis par les textes de la CEEAC » est inadmissible. « Par conséquent, le Rwanda ne voit aucune raison de maintenir son appartenance à une organisation dont le fonctionnement est désormais contraire à ses principes ».
Pour la diplomatie rwandaise, c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, après l’invitation refusée à l’ex-colonie belge lors du sommet de l’Union africaine (UA) tenu en juillet 2023 à Kinshasa, sous la houlette de Félix Tshisekedi, alors président en exercice de l’organisation panafricaine saisi aussitôt d’une lettre de protestation restée sans réponse, précise Kigali.
Kigali et Kinshasa sont opposés par une crise diplomatique à cause de la guerre qui déchire l’Est de la RDC. Le Rwanda est notamment accusé par son voisin de déployer des troupes sur son sol et de soutenir certains des mouvements rebelles, dont le M23 (Mouvement du 23 mars), qui occupent d’importants territoires de la région et font subir de pires atrocités à sa population.
Ces accusations contre le pouvoir de Paul Kagame sont aussi portées par des rapports des Nations Unies et des Etats-Unis sur le conflit congolais.
MEDIATIONS AFRICAINES ET INTERNATIONALES SANS EFFET
Des médiations initiées par l’UA, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) à laquelle les deux pays appartiennent, ainsi que des acteurs non-africains comme le Qatar pour mettre fin à leur querelle et pour faire taire les armes en RDC restent toujours sans effet.
Le 26e sommet ordinaire de la CEEAC à Malabo a dans son communiqué final invité le Rwanda à retirer sans délai ses troupes de la RDC, une demande déjà formulée lors d’un sommet extraordinaire tenue le 7 février dans la capitale équato-guinéenne.
Cette organisation a été instituée le 18 octobre 1983 par l’Angola, le Burundi, le Cameroun, le Congo-Brazzaville, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine (RCA), la RDC, le Rwanda, Sao Tomé & Principe et le Tchad, soit un total de onze pays.
D’une superficie totale de 6,67 kilomètres carrés pour une population estimée à 200 millions d’habitants en 2020, elle est l’une huit communautés économiques régionales destinées à servir de piliers de l’intégration régionale en Afrique. (Fin/2025)