Le 6e art camerounais remet en scène ses mémoires anciennes pour fixer ses nouveaux cadres

YAOUNDE, 14 juin (AZNAPRESS) — Presque de la même génération, Nicolas Eyidi et Gaspard Tatang font partie avec Michel Nka Ze et Lawrence Chi Nyamngoh de la vieille garde de la photographie au Cameroun à laquelle un festival international, le premier du genre, rend un vibrant hommage et invite à transmettre leur savoir-faire aux jeunes générations dans le contexte de nouvelles technologies.
Sous le nom de YaoundéPhotohFest, le premier Festival international de la photographie du Cameroun rassemble du 12 au 15 juin à Yaoundé plusieurs dizaines de photographes professionnels et des experts originaires d’une dizaine de pays, dont le Cameroun, l’Afrique du Sud, l’Allemagne, la Côte d’Ivoire, la France, la Guinée équatoriale, l’Espagne, le Mali, Madagascar et le Sénégal.
Une exposition intitulée « Nouveaux rêves, nouveaux imaginaires » y est organisée, au Musée national sis au centre-ville de Yaoundé, avec les œuvres d’une quarantaine de photographes, une plongée dans une collection de cent réalisations symbolisant un trait d’union entre les figures anciennes et les générations actuelles du 6e art au Cameroun, en Afrique et dans la diaspora.
MEMOIRE VIVANTE DE LA PHOTOGRAPHIE AU CAMEROUN

« Les photographes ont le pouvoir. La photographie est une mine d’or. On ne peut pas communiquer sans la photo. La photographie, c’est le 6e art, la maîtresse du cinéma et de tous les arts », a déclaré à AZNAPRESS Gaspard Tatang, un des participants à cet événement.
Tatang, 74 ans, est une véritable mémoire vivante de la photographie au Cameroun. Aujourd’hui retiré à Batcham, son village natal à l’Ouest du pays, il n’a pas dédaigné de répondre favorablement à l’invitation de Fabrice Ngon, promoteur du festival sous le label de son association Fine Art Photography, pour partager avec les jeunes confrères et le public sa riche expérience.
Les innombrables réalisations du vétéran dont certaines ont été diffusées dans plusieurs pays étrangers illustrent des récits d’événements et de scènes de vie de portée historique, dans une variation de thèmes mêlant la politique, le sport, la culture, etc.
L’une d’elles, une photo de grande affiche, fait par exemple revivre aux visiteurs de l’exposition et de YaoundéPhotoFest le souvenir de la dernière intervention de Cheick Anta Diop lors d’un colloque international sur l’archéologie que l’éminent homme de sciences sénégalais présida du 6 au 9 janvier 1986 à Yaoundé, peu avant son décès survenu un mois plus tard à Dakar à l’âge de 62 ans.
DES APPAREILS DE PREMIERE GENERATION EXPOSES SUR LE SITE DU FESTIVAL
Avec Nicolas Eyidi, autre passionné de la photographie presque de la même génération que lui, Tatang a décidé de déplacer ses équipements de studio pour les exposer sur le site du festival, comprenant des chambres noires, des agrandisseurs, des appareils de prises de vues de première génération passés de mode tels des Canon, des Nikon et des Polaroid, pour montrer « les transitions vécues de la photo ».
Eyidi, 70 ans, lui, domine le paysage artistique camerounais depuis Douala, sa ville natale et métropole économique du pays où il exerce, s’efforçant de s’adapter à son tour aux rapides évolutions du métier résultant des avancées technologiques avec notamment la pression imposée par le développement numérique et l’intelligence artificielle.

« Douala est différente de Yaoundé, c’est une ville économique. Les gens sont pressés, ils veulent gagner de l’argent rapidement. Les jeunes ont une faible connaissance des appareils. Ils possèdent des appareils qui coûtent très cher, mais qu’ils ne savent pas utiliser », a-t-il observé à AZNAPRESS, sur une pointe d’amertume face à des pratiques qu’il qualifie non professionnelles et qu’il accuse de faire régresser le noble métier.
« La photographie, poursuit-il, ce n’est pas une aventure, c’est un métier. Beaucoup ne comprennent pas le langage de la photo. Ils pensent que c’est l’appareil qui fait la photo. Même avec les téléphones, ils ne s’en sortent pas. » Eyidi jouit aussi d’une notoriété internationale. Il a exposé lors de festivals à l’étranger et compte des collaborations avec des agences de communication. Pour la relève, il déclare travailler sur un projet de studio photo pour des travaux en noir et blanc à l’intention des orphelins et des enfants de la rue de Douala. (Fin/2025)