Présidentielle au Cameroun : Paul Biya pourrait ne pas se représenter, selon un ex-ministre candidat

YAOUNDE, 25 juin (AZNAPRESS) — L’élection présidentielle prévue en octobre prochain au Cameroun pourrait avoir lieu sans la candidature de Paul Biya, le chef de l’Etat sortant âgé de 92 ans et au pouvoir depuis 1982, déclare l’ex-ministre Issa Tchiroma Bakary dans une « lettre aux Camerounais » annonçant sa candidature à ce scrutin très attendu.
« L’année 2025 sera un moment charnière. Plus qu’une simple élection, elle incarne une transition historique : la possibilité de tourner une page et d’en écrire une nouvelle, à la hauteur des aspirations profondes du peuple camerounais », assure l’ex-ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle.
Il s’agit là d’une déclaration forte pour un allié de longue date du chef de l’Etat, qui jusqu’ici n’a pas dévoilé ses intentions alors que le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), son parti, multiplie les appels à sa candidature.
« Pour la première fois depuis l’indépendance, une élection présidentielle pourrait se tenir sans la candidature du président sortant[K21] [K22] . Un pays ne peut pas exister au service d’un homme. Il doit vivre au service de son peuple », a ajouté Tchiroma Bakary dans sa « lettre aux Camerounais » dressant un bilan non élogieux des quatre décennies d’un pouvoir au sein qu’il a pourtant longtemps servi.
L’ex-ministre a pris soin de démissionner du gouvernement avant de se retirer dans son fief de Garoua (Nord), pour annoncer sa candidature et préparer sa campagne, en attendant bien évidemment la validation de celle-ci par Elections Cameroon (ELECAM), l’organe en charge de l’organisation et de la gestion des élections dans le pays.
Cette candidature vient rejoindre celles déjà déclarées d’autres figures marquantes de la scène politique camerounaise comme l’ex-ministre délégué à la Justice Maurice Kamto, arrivé en deuxième position lors de la dernière présidentielle en 2018 selon les résultats officiels, Cabral Libii, troisième à ce scrutin, et l’ex-bâtonnier Akere Muna.
La date du scrutin n’est cependant pas encore été fixée. Elle devrait être communiquée d’ici au 12 juillet, selon la loi électorale camerounaise.
Tchiroma Bakary est le leader du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), créé en 2007 après son départ de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) de Maïgari Bello Bouba, autre allié de Paul Biya et actuel ministre d’Etat en charge du Tourisme et des Loisirs.
Cette formation siège avec trois députés sur un total de 180 à l’Assemblée nationale (Chambre basse du parlement) et un élu sur les 100 membres du Sénat (Chambre haute).
Ancien prisonnier à la suite du coup d’Etat manqué du 6 avril 1984, Tchiroma Bakary, ingénieur ferroviaire né vers 1949 à Garoua, il devient un adversaire du pouvoir et milite au sein de l’opposition à la faveur de la restauration du pluralisme politique en 1990 au Cameroun.
Alors membre de l’UNDP, il entre au gouvernement comme ministre des Transports jusqu’en 1996 après la présidentielle de 1992, grâce à un accord politique conclu entre cette formation et le camp présidentiel.
En 2008, il bat campagne en faveur de la révision constitutionnelle initiée par le chef de l’Etat pour faire sauter le verrou de la limitation à deux du nombre des mandats présidentiels et un an après un réintègre le gouvernement en tant que ministre de la Communication jusqu’en janvier 2019, date à laquelle il est muté à l’Emploi et la Formation professionnelle. (Fin/2025).