Report d’un sommet prévu à Yaoundé : la fusion de la CEMAC et de la CEEAC encore repoussée

YAOUNDE, 12 juillet (AZNAPRESS) — Un sommet extraordinaire prévu le 18 juillet à Yaoundé pour faire fusionner la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) en une seule communauté économique régionale, a été reporté sine die, apprend-on de source officielle du pouvoir camerounais.
« J’ai l’honneur de vous faire connaître que le Chef de l’Etat a décidé du report à une date ultérieure, du Sommet repris en objet, initialement prévu le 18 juillet 2025 à Yaoundé », souligne une correspondance adressée par le ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République camerounaise, Ferdinand Ngoh Ngoh, au ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, le jeudi 10 juillet.
« Vous voudriez bien en informer les Etats membres et les Commissions de la CEMAC et de la CEEAC, en liaison avec le MINREX [ministère des Relations extérieures, NDLR] », ajoute le haut responsable camerounais, à une semaine de la tenue du sommet, dans son courrier qui ne précise pas cependant les raisons du report du sommet, ni non plus si la décision prise par le président Paul Biya est personnelle ou bien elle résulte d’une consultation suivie de l’approbation de ses pairs.
Faire émerger une nouvelle entité sous une nouvelle dénomination
La tenue de ce rendez-vous a été annoncée lors d’un sommet ordinaire de la CEEAC organisé le 7 juin dernier à Malabo en Guinée équatoriale. Ses travaux devaient être consacrés à la fusion des deux communautés économiques régionales (CER) d’Afrique centrale, à savoir notamment la CEMAC et la CEEAC, pour faire émerger une nouvelle entité sous une nouvelle dénomination.
Ce processus est censé obéir à une vieille résolution de l’Union africaine (UA) qui recommande de faire fusionner la pléthore d’organisations régionales que connaît le continent et d’instituer une seule communauté économique régionale au sein de chacune des cinq régions que sont l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique australe, l’Afrique de l’Est et l’Afrique du Nord.
Pour l’UA, l’objectif recherché est d’accélérer l’intégration économique par la facilitation des échanges réputés dérisoires entre ses 55 Etats membres matérialisée par la mise en place progressive depuis 2021 d’une Zone de libre-échange continentale en Afrique (ZLECAF), ainsi que le rapprochement des peuples par la libre circulation des personnes et des biens d’un pays à un autre.
C’est en octobre 2009, lors d’un précédent sommet ordinaire de la CEEAC à Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC), que cette fusion avait été enclenchée. Le chef de l’Etat camerounais Paul Biya avait été désigné à l’occasion président dédié du processus.
Un comité de pilotage de la rationalisation des communautés économiques régionales en Afrique centrale (COPIL/CER-AC) a par la suite été mis sur pied, présidé par conséquent par le Cameroun, de même qu’un conseil des ministres conduit par le ministre de l’Economie.
La nouvelle organisation devait initialement démarrer ses activités en 2023, à la suite de la validation en août 2022 à Yaoundé par le conseil des ministres du projet de traité portant son institution. Deux propositions de dénomination tenues secrètes ont été retenues. Il est prévu que la Communauté économique des pays des Grands Las (CEPGL) y soit intégrée.
Douze domaines prioritaires de rationalisation
Les travaux du comité de pilotage ont permis la mise en place d’une série de dispositifs institutionnels significatifs, concernant notamment l’unification des zones de libre-échange de la CEEAC et de la CEMAC, l’élaboration d’un Code des douanes, d’un Tarif extérieur commun et d’une Politique commerciale commune.
La liste des réalisations comporte aussi l’adoption de douze domaines prioritaires de rationalisation, dont le commerce, la santé, la libre circulation des personnes et des biens, un mécanisme de financement de l’intégration, la sécurité, les règles budgétaires et monétaires, le rapprochement des cadres institutionnels, etc.
Parallèlement à ses organes dirigeants, la nouvelle organisation sera dotée d’un certain nombre d’institutions spécialisées telles qu’une Cour des comptes, un Parlement communautaire, une Cour de justice et des droits de l’homme, une Haute Autorité monétaire, une Haute Autorité des marchés financiers, etc.
Actuellement dirigée par un exécutif chapeauté par le Sao Toméen Gilberto Da Piedade Verissimo, la CEEAC a été instituée le 18 octobre 1983 à Libreville au Gabon, son siège.
C’est en exécution de Plan d’action adopté par l’Organisation de l’unité africaine (OUA, l’ancêtre de l’Union africaine) à Lagos au Nigeria en 1980, qui visait à encourager la mise sur pied des communautés économiques régionales pour promouvoir l’intégration économique, la libre circulation des personnes et des biens et la création d’un marché commun en Afrique.
D’une superficie de plus de 6,6 millions de kilomètres carrés pour une population estimée à plus de 218 millions d’habitants (selon les derniers chiffres de 2022), la CEEAC se compose, après le retrait du Rwanda le 7 juin dernier, de dix pays membres : l’Angola, le Burundi, le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine (RCA), la RDC, Sao Tomé & Principe et le Tchad.
Six de ces pays, le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la RCA et la Tchad, forment par ailleurs la CEMAC, instituée pour sa part le 16 mars 1994 à N’Djamena au Tchad, tandis que l’Angola, le Burundi, la RDC siègent en outre avec le Rwanda au sein de la Communauté des pays des Grands Lacs.
Avec à sa tête comme président de la Commission l’Equato-guinéen Baltasar Engonga Edjo’o, la CEMAC peine à faire avancer son intégration régionale et la libre circulation des personnes et des biens du fait des barrières aux frontières persistantes dans quelques-uns de ses Etats membres, en l’occurrence le Gabon et la Guinée équatoriale, rendant difficile la création d’un marché commun.
Les arriérés de contributions financières statutaires enregistrés de la part de certains membres plombent le fonctionnement des organes dirigeants de l’organisation, le même écueil déploré par la CEEAC qui avait été confrontée à six années d’hibernation, entre 1992 et 1998. (Fin/2025)