Cacao : tensions de trésorerie chez les exportateurs au Cameroun, réapparition des « coxeurs »

YAOUNDE, 4 septembre (AZNAPRESS) — Le marché du cacao au Cameroun a connu des perturbations au cours de la campagne écoulée en raison de tensions de trésorerie déclarées par des exportateurs face à l’envolée des prix vécue comme une manne du ciel par les producteurs et qui en même temps fait renaître le « coxage », un vieux phénomène remis au goût du jour par des adeptes de l’escroquerie.
Un total de 45 exportateurs a été enregistré pour les achats de cacao au Cameroun au cours de la campagne 2024-2025, contre 39 lors de la campagne précédente 2023-2024, un chiffre en hausse qui témoigne du dynamisme qui caractérise la filière aujourd’hui, celle-ci étant notamment portée par l’envolée des prix résultant des cours mondiaux établis à un niveau record depuis 2023.
Selon l’Office national du cacao et du café (ONCC), l’organisme public camerounais en charge de la supervision de la filière qui révèle ces chiffres dans son rapport de bilan de la campagne, une rupture de trésorerie observée chez ces opérateurs du négoce, en l’occurrence du fait des prix élevés, a entraîné un début tardif des opérations de commercialisation.
Plus exactement, ceux-ci ont été confrontés à des difficultés d’obtention de crédits auprès des banques commerciales du pays pour leurs approvisionnements en fèves de cacao pour lesquels les producteurs exigent des paiements en cash-flow.
L’ONCC relève aussi une « augmentation des comportements spéculatifs de la part des producteurs espérant les meilleurs prix ». « Ceci a entraîné des ruptures dans la chaîne d’approvisionnement, surtout pour les transformateurs ».
Le Cameroun est le seul pays producteur de cacao en Afrique à aligner les prix versés aux producteurs alignés sur les cours mondiaux.
L’embellie actuelle du marché dont se réjouissent à la fois les pouvoirs publics pour les revenus générés au profit du trésor public, avec une hausse de 90% à 683 milliards de francs CFA selon le ministère de l’Economie, et les producteurs qui se voient dotés d’un pouvoir d’achat fort relevé, a réveillé les ardeurs des adeptes du « coxage ».
Marché noir animé par des acheteurs indépendants véreux
Il s’agit d’une sorte de marché noir animé par des acheteurs indépendants véreux qui s’enrichissent sur le dos des producteurs en leur proposant des prix d’achat plus bas que ceux du marché officiel.
« Actuellement, le prix minimal à l’entrée du port de Douala est de 3.100 francs CFA le kilogramme et le prix maximal 3.600 francs CFA le kilogramme. Dans ma zone, les coxeurs paient le cacao entre 2500 francs et 2.700 francs CFA le kilogramme », a rapporté à AZNAPRESS Josué Monda Bakoa, président du Conseil d’administration de l’Union coopérative des producteurs agricoles de Ndom (U-COOPAN), dans la région du Littoral.
Ce phénomène fait son apparition à la fin des années 1980 où, en pleine crise économique mondiale, le Cameroun se voit obligé de se désengager de la gestion des filières productives fortement touchées par une chute drastique des cours des matières premières agricoles et les effets des plans d’ajustements structurel imposés par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.

« Le coxage naît avec la libéralisation de la filière cacao en 1989, rappelle Monda Bakoa, journaliste et ancien communicateur institutionnel. C’est l’année où le Cameroun sort du système de stabilisation des prix, par lequel l’Etat garantissait un prix d’achat qui était annoncé aux producteurs au début de la campagne et était maintenu jusqu’à la fin de la campagne. »
A l’époque, la collecte du cacao pour la commercialisation est assurée par des acteurs clairement identifiés par les pouvoirs publics, précise-t-il en outre. Ceux-ci n’ont pas hésité eux aussi à abuser des pauvres planteurs analphabètes avec des prix dérisoires et une dévaluation systématique de la valeur de leurs productions, accentuant leur paupérisation.
Il est arrivé que les prix d’achat pratiqués se situent sous la barre de 200 francs CFA le kilogramme. Découragés, beaucoup de producteurs se sont détournés de la cacaoculture au profit d’autres cultures.
Les producteurs encouragés à se regrouper en coopératives
Sous l’impulsion du ministère du Commerce et l’encadrement du Conseil interprofessionnel du cacao et du café (ICC), leur interprofession, et de l’ONCC, ces producteurs sont aujourd’hui encouragés à se regrouper en coopératives et à s’organiser pour des ventes groupées de cacao.
« Par exemple, lorsqu’il est annoncé qu’on a regroupé 200 kilogrammes de fèves à Obala [ville de la région proche de Yaoundé, NDLR], cela intéresse les grands exportateurs. Ils viennent. A certains moments, ils peuvent payer le produit après les enchères, à un prix supérieur au prix maximum à Douala », décrit Monda Bakoa.
Entre les mois de mai et de juin 2024, cette organisation avait permis à certains producteurs de bénéficier des prix de l’ordre de 6.500 francs CFA le kilogramme de cacao, alors que les tendances générales se situaient autour de 5.000 francs CFA, se souvient-il.
Selon lui encore, « un producteur isolé est à la merci des coxeurs, désireux de faire le maximum de profit. Mais il faut dire que la campagne a été très, très fructueuse pour ces derniers. Dans ma zone par exemple, beaucoup ont acheté des voitures, beaucoup sont en train de construire de très grandes maisons. Les coxeurs ont fait de bonnes affaires. Il en est de même pour les producteurs ».
La nouvelle campagne 2025-2025 a cependant débuté en juillet dernier avec une baisse des prix à moins de 3.000 francs CFA le kilogramme, alors qu’ils oscillaient entre 3.290 et 5.400 francs CFA auparavant. (FIN/2025)