Cacao : entre montée de l’insécurité et drames familiaux, le revers de l’envolée des prix au Cameroun

YAOUNDE, 4 septembre (AZNAPRESS) — Dopé par les cours mondiaux demeurés soutenus depuis 2023, le marché du cacao camerounais a poursuivi son dynamisme avec des prix toujours records versés aux producteurs au cours de la campagne écoulée, qui provoquent cependant des drames familiaux et augmentent l’insécurité en milieu rural.
Selon l’Office national du cacao et du café (ONCC), organisme public chargé de la supervision de la filière, un des principaux moteurs de croissance de l’économie camerounaise, les prix du cacao versés aux producteurs lors de la campagne 2024-2025 ont varié entre 3.290 et 5.400 francs CFA le kilogramme, pour un volume de 319.613 tonnes de fèves commercialisées.
Ces prix, les plus élevés jamais enregistrés dans l’histoire du Cameroun, sont directement alignés sur les cours mondiaux et génèrent des bénéfices substantiels aux producteurs qui se voient en subitement dotés d’un pouvoir d’achat en rupture avec l’image de paysans ployant sous le poids de la pauvreté, voire de la misère.
« Etre janvier et février, on a atteint un pic où le cacao se vendait bord-champ (sur le terrain) 5.000 francs CFA le kilogramme. Cela a eu pour effet de faire circuler des masses d’argent intéressantes dans les bassins de production. Les producteurs ont vu leurs conditions de vie s’améliorer », a souligné à AZNAPRESS Josué Monda Bakoa, journaliste reconverti en producteur de cacao.
A la tête de l’Union coopérative des producteurs agricoles de Ndom (U-COOPAN), dans la région du Littoral, cet ancien communicateur institutionnel est témoin des transformations dans le monde rural. « Quand on va dans les zones cacaoyères aujourd’hui, on voit beaucoup de chantiers de construction qui poussent, l’habitat qui s’améliore, les jeunes ont des motos neuves. »
Les exportations de fèves de cacao ont bondi de 90%
En 2024, le commerce du cacao a représenté 3,2% du PIB (produit intérieur brut) du Cameroun, selon une estimation du ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire qui le cite avec le coton, la banane et le café, parmi les produits agricoles ayant contribué à améliorer le déficit de la balance commerciale établi à 1.761 milliards de francs CFA.
Chiffrées à 683 milliards de francs CFA, les exportations de fèves de cacao ont bondi de 90% comparées à 2023, indique ce ministère, justifiant cette belle performance par la bonne tenue des cours mondiaux dont le Cameroun est le seul pays producteur africain à les répercuter sur les prix versés aux producteurs.
Dans la plupart des bassins de production répartis dans les régions du Centre, de l’Est, du Littoral, de l’Ouest, du Nord-Ouest, du Sud et du Sud-Ouest du pays, une classe de millionnaires a émergé pour les grands producteurs de l’or brun. Malheureusement, cette richesse tourne parfois au cauchemar.
Dans de nombreux villages déjà en proie à la consommation de stupéfiants de la part des jeunes, l’insécurité gagne du terrain à cause des vols et des braquages liés à la vente de cacao, selon des témoignages.
Corps sans vie d’un responsable sécuritaire et son collaborateur
Il y a quelques mois, une localité du département du Mbam-et-Kim (Centre) s’est réveillée dans l’émoi à la suite de la découverte des corps sans vie, baignant dans le sang, d’un responsable sécuritaire et son collaborateur devant le domicile d’un vendeur de cacao qu’ils avaient tenté de cambrioler, lequel pour se défendre avait fait feu d’un fusil de chasse en sa possession.
L’histoire est d’autant rocambolesque que, à en croire divers témoignages, le cacaoculteur, un fonctionnaire à la retraite, avait sollicité pour sa sécurité les services des deux infortunés dans le cadre de la commercialisation de sa production abondante, regroupée dans une trentaine de sacs de 100 kilogrammes et d’une valeur totale d’environ 30 millions de francs CFA.
Dans un village de l’arrondissement de Sa’a, également dans la région du Centre, un jeune homme a assassiné son père lors d’une dispute après la vente de cacao. Un autre a sectionné à coups de machette les bras de son cousin germain dans des circonstances similaires.
A Ebogo, un village de l’arrondissement d’Ebebda, une sexagénaire a défrayé la chronique après avoir été surprise en train de voler le cacao à 4H du matin, heure locale (3H GMT), dans la plantation de son voisin. Pour échapper aux poursuites judiciaires, l’intéressée avait dû accepter de dédommager sa victime par une forte somme, dont ses enfants s’étaient engagés à s’acquitter.
Des accusations de pratiques de sorcellerie sont aussi rapportées, désignées comme cause de certains décès dans ce monde rural où les modes de vie se conjuguent à la fois avec le naturel et le surnaturel, dans une confusion qui a souvent rarement favorisé le progrès communautaire. (FIN/2025)