Climat : fortes perturbations des calendriers et baisse de productions agricoles au Cameroun

YAOUNDE, 7 septembre (AZNAPRESS) – Depuis mi-août, Christine B., une septuagénaire habitant une localité proche de Yaoundé, scrute le ciel dans l’espoir de voir poindre des nuages annonciateurs du retour des pluies, un moment important pour elle et les millions d’agriculteurs camerounais pour reprendre leurs activités culturales après une rude saison sèche qui aurait dû être courte.
« La saison sèche a ruiné mes efforts. A cause du soleil, mon maïs n’a pas produit grand-chose. Alors que l’année dernière la récolte était abondante, grâce à l’abondance des pluies », a expliqué à AZNAPRESS la vieille dame dont le quotidien depuis des décennies est rythmé par l’agriculture.
Ses productions sont surtout issues des petites exploitations de cultures vivrières dont le maïs, le manioc, la patate, la banane douce, la banane-plantain et les arachides, à côté de vieux vergers d’arbres fruitiers comprenant des manguiers, des orangers, des safoutiers, des avocatiers, des corossoliers, etc.
Pratiqué également comme une tradition séculaire pour les populations rurales camerounaises, l’élevage des poules et des coqs n’est pas en reste chez cette matriarche qui ne se lasse pas de déployer son énergie pour assurer son autonomie financière et subvenir aux besoins de quelques-uns de ses petits-fils et petites-filles vivant avec elle.
Dans la localité de cette agricultrice comme pour l’ensemble du territoire camerounais, le réchauffement de la terre est une réalité, bien que le vocabulaire y soit encore inconnu. Le dérèglement climatique qui en résulte, marqué par des températures irrégulières et celles-ci ponctuées par de fortes chaleurs, perturbe les calendriers agricoles.
Les paysans camerounais désarmés
Aux abois comme Christine B., les paysans camerounais se retrouvent désarmés, sans formation agronomique pour s’adapter à ce phénomène de plus en plus préoccupant qui affecte durement leurs rendements et rend plus difficiles leurs conditions de vie, provoquant l’exode rural des jeunes vers les villes.
Devant un bâtiment administratif du centre-ville de Yaoundé, Agnès O. a pris ses quartiers avec son commerce de safou, fruit répandu au Cameroun et qui est généralement récolté pendant la période des grandes vacances à partir du mois de mai, qui marque le début d’un court cycle de pluies fines en zone équatoriale.
Cette année, l’arrivée de ces pluies fines a été tardive et celles-ci ont été irrégulières, de sorte que, les productions de safous, pourtant abondantes dans les villages, sont lentes, à plusieurs vitesses et les approvisionnements des marchés sont faibles.
« La maturité des fruits prend beaucoup de temps à certains endroits et finalement nous avons une campagne de récoltes instable. Celle-ci s’annonce d’ailleurs longue, pouvant aller jusqu’en fin d’année. D’habitude en cette période de rentrée scolaire, je sors du commerce de safous pour vendre les harengs », note la commerçante.
En février 2024, l’Observatoire national sur les changements climatiques (ONACC) créé par un décret présidentiel en 2009 et dirigé par le professeur Joseph Armathé Amougou, nommé avec les membres du Conseil d’administration en 2016, relevait déjà l’emprise de la saison sèche depuis le mois de novembre 2023 à travers les cinq zones agro-écologiques du pays.
Phénomène climatique techniquement appelé El-niño
« Cela est lié à l’influence d’un phénomène climatique particulier techniquement appelé El-niño, courant marin qui se traduit par le réchauffement des eaux de surface au niveau du pacifique équatorial, avec une périodicité de 3 à 7 ans, et des répercussions sur le climat au niveau du golfe de Guinée, dont fait partie le Cameroun », expliquait alors l’organisme sur son site internet.
Les vagues de chaleur et fortes températures observées dans les zones cibles impactent significativement la santé et l’agriculture, avait-il prévenu.
Une délégation officielle camerounaise prend part au Deuxième Sommet africain sur le climat (ACS-2) organisé conjointement par l’Union africaine (UA) et le gouvernement éthiopien dès ce lundi jusqu’à mercredi à Addis-Abeba.
D’après un rapport de la Banque africaine de développement (BAD), le pays « bénéficie d’un accès croissant aux financements climatiques internationaux, bien que ceux-ci demeurent en deçà de ses besoins ».
A ce jour, précise l’institution financière, les ressources mobilisées comprennent : 27 millions de dollars américains (USD) alloués par le Guichet d’action climatique (CAW), 12 millions USD déjà sécurisés auprès du Fonds mondial pour l’environnement (FEM) et 15 millions USD supplémentaires attendus en 2025.
Renforcer le financement climatique
Plus de 45 chefs d’Etat et 25.000 délégués venus du monde entier sont annoncés au sommet d’Addis-Abeba sur le thème : « Accélérer les solutions climatiques mondiales : financer un développement africain vert et résilient ».
Peu émettrice de gaz à effet de serre, l’Afrique est cependant désignée comme le continent le plus touché par le changement climatique.
Dans un communiqué parvenu à AZNAPRESS, le Fonds mondial pour la nature (WWF) exhorte les dirigeants africains à « saisir l’opportunité du Deuxième Sommet africain sur le climat (ACS-2) et de la Semaine africaine du climat, qui se tiennent du 1er au 10 septembre 2025 à Addis-Abeba, pour renforcer le financement climatique, engager une transition énergétique et investir dans des solutions fondées sur la nature, bénéfiques à la fois pour les populations et pour l’environnement ». (FIN/2025)