Présidentielle au Cameroun : un Camerounais de la diaspora dénonce les fake news et le climat de terreur

Yaoundé, 5 novembre (AZNAPRESS) — Natif de Yaoundé, Alain Eyenga, pharmacien de profession affectueusement surnommé le « Schumacher de la politique », s’est imposé comme un acteur politique de premier plan en Belgique où il réside depuis quarante ans, tout en demeurant attaché au Cameroun, son pays d’origine dont il suit l’évolution en observateur attentif.
Promoteur d’œuvres sociales en faveur des couches défavorisées dans ce pays dont une école primaire actuellement en construction avec le concours de Laurent Serge Etoundi Ngoa, ministre de l’Education de Base, à Ntsan, terre de ses ancêtres près de Yaoundé, Eyenga dénonce dans un entretien avec AZNAPRESS les dérives observées autour de l’élection présidentielle tenue le 12 octobre.

Alain Eyenga, alors adjoint au maire de Charleroi, célébrant un mariage.

En compagnie des élèves de l’école primaire de Ntsan, près de Yaoundé.
Pouvez-vous nous résumer votre parcours politique en Belgique où vous résidez ?
Je suis de sensibilité libérale et j’ai adhéré au sein du Mouvement réformateur en 2006. J’ai été tour à tour candidat aux élections municipales, aux élections régionales et aux élections législatives (couplées aux élections européennes). Ma carrière politique a été couronnée par mon élection comme conseiller municipal, troisième adjoint au maire sur un total de onze de la commune de Charleroi, la plus grande ville francophone de Belgique, chargé de l’environnement, de la propreté, de la pollution, des espaces verts et du bien-être animal de 2006 à 2012, puis comme député régional suppléant de la région de Wallonie entre 2009 et 2014. J’ai eu à occuper la fonction de secrétaire d’un bureau de vote et témoin de mon parti sur le lieu du vote et sur le lieu du dépouillement, celui-ci pouvant s’effectuer sur un autre site, notamment dans certaines grandes villes comme Charleroi et on regroupe alors les bulletins de plusieurs bureaux de vote.
Sur la base de votre expérience comme secrétaire d’un bureau de vote et candidat à diverses élections, comment se déroulent les opérations de vote dans ce pays européen et existe-t-il des similitudes entre le système électoral belge et celui du Cameroun où les électeurs ont été appelés aux urnes le 12 octobre pour élire leur président pour les sept prochaines années ?
Les deux systèmes, belge et camerounais, partagent la même philosophie. Cependant, les mécanismes institutionnels sont différents et par conséquent, les étapes pour atteindre la proclamation des résultats sont substantiellement différentes. La Belgique étant un royaume, elle n’organise que des élections municipales, régionales, législatives et européennes. Les villes et communes ont la charge de l’organisation pratique des élections. Cela comprend la mise à disposition des urnes, des bureaux de vote, la gestion des listes électorales, le transport des urnes, etc. Le vote est obligatoire pour tout citoyen belge. Les présidents et présidentes des bureaux de vote sont désignés par le tribunal de première instance. Il s’agit généralement des membres de la société civile tels que les avocats, les notaires, les pharmaciens… Chaque président ou présidente forme un bureau complet (assesseurs, secrétaire, etc.) composé de personnes inscrites au registre de la population locale prenant part au scrutin. Chaque parti politique peut désigner un représentant par bureau de vote et site de dépouillement. Ces personnes sont des scrutateurs et n’interviennent en principe pas dans le fonctionnement du bureau de vote et le dépouillement des votes. Mais il n’est pas rare de les voir donner un coup de main, surtout pour le dépouillement, tant la tâche est lourde. Cela reste exceptionnel et nécessite un consensus entre toutes les parties prenantes et surtout l’aval du président ou de la présidente du bureau de vote.

Le Camerounais s’est beaucoup investi dans la protection de l’environnement et l’entretien des jardins publics dans sa commune.
« La Belgique étant un royaume, elle n’organise que des élections municipales, régionales, législatives et européennes…. Le vote est obligatoire pour tout citoyen belge. »
La loi interdit de poursuivre la campagne électorale aux abords des bureaux de vote, mais cette interdiction n’est toujours pas respectée. Lors du dépouillement, certains bulletins considérés comme étant litigieux font l’objet d’une discussion entre représentants de partis politiques et peuvent facilement être reconsidérés au profit de tel ou tel autre parti. Les urnes arrivent scellées dans les différents lieux du vote. C’est la même chose pour les sites du dépouillement où elles sont reçues en même temps que les procès-verbaux du bureau de vote. Elles sont par la suite ouvertes pour le décomptage des voix. Les résultats consignés sur les procès-verbaux, de même que les urnes et les bulletins de vote, sont déposés au Tribunal de première instance de la circonscription électorale. Les représentants des partis politiques actent les résultats pour leurs quartiers généraux respectifs. Le tribunal transfère ces résultats validés au ministère de l’Intérieur, qui les officialise. A priori, les principes auxquels les partis politiques souscrivent au Cameroun pour participer aux élections sont identiques à ceux d’ici.
Vous suivez de près cette actualité électorale au Cameroun. Quelles observations vous inspirent les résultats du scrutin proclamés par le Conseil constitutionnel ?
Les résultats tels que proclamés par le Conseil constitutionnel ne peuvent pas être contestés, et surtout si l’on prétend présider aux destinées du Cameroun. Le respect des institutions est primordial et inaliénable. Au demeurant, il n’appartient pas à l’organe en charge de l’organisation des élections de trouver des scrutateurs aux différents candidats. Il s’agit d’une compétition où chaque candidat doit s’assurer de remplir toutes les conditions requises. Les partis politiques sous la bannière desquels j’ai participé aux élections ne réunissaient pas assez de témoins pour couvrir tous les bureaux de vote et de dépouillement.
« Le respect des institutions est primordiale et inaliénable… Comment peut-on se porter candidat à la présidence de la République avec autant de mépris pour les institutions ? »
C’est un privilège des grandes formations. J’ai du mal à admettre qu’un candidat récuse un résultat alors qu’il n’avait pas assez de scrutateurs. Comment peut-on se porter candidat à la présidence de la République avec autant de mépris pour les institutions ? Avant la proclamation des résultats par le Conseil constitutionnel, aucun recours n’a été introduit. C’est indigne d’ignorer les voies institutionnelles pour alimenter la rue en rumeurs. Lorsqu’on est candidat à la magistrature suprême, on doit s’imprégner de la fonction.
Comment vivez-vous le climat de tension illustré par de actes de vandalisme qui règne dans votre pays d’origine et surtout les appels à l’insurrection populaire ?
Mon dernier séjour au Cameroun date de septembre 2025. La campagne électorale m’a semblé relativement calme. J’ai agréablement été surpris par la normalité de la vie, contrairement à ce qui se disait à mon départ de Belgique. Il y a un grand contraste entre le vécu réel sur place et les images publiées sur les réseaux sociaux. Cette déformation de la réalité persiste toujours. Je me demande à qui profite ces manœuvres. Les Camerounais et le Cameroun vont de pair. Quand le Cameroun est traîné dans la boue, il en va de même pour les Camerounais. Le chauvinisme qui caractérisait le Camerounais et sa haute estime de lui se sont échappés pour faire place au dénigrement systématique de la patrie. La communauté camerounaise de Belgique dans son ensemble est performante et de grande qualité. Elle est représentée dans de nombreux secteurs d’activités. Depuis une quarantaine d’années, elle a contribué à donner des lettres de noblesse à l’Afrique.
« Les mentalités liées aux attaques contre les symboles de l’Etat du Cameroun, notre patrie d’origine, sont un phénomène récent, qui provient de nouveaux venus ayant manifestement des difficultés mal à se trouver des repères dans le pays d’accueil. »
Les Camerounais de Belgique ne partagent pas forcément les mêmes opinions, mais ils se côtoient et ils n’appellent pas au meurtre des autres. Généralement, ils respectent la loi. Les mentalités liées aux attaques contre les symboles de l’Etat du Cameroun, notre patrie d’origine, sont un phénomène récent. Il émane de nouveaux venus ayant manifestement des difficultés à se trouver des repères dans le pays d’accueil. Je vis mal ces dérives. Je réside dans une ville qui est sous le contrôle d’un même parti politique depuis quarante ans. Il existe une opposition qui partage les mêmes préoccupations que celle du Cameroun, mais à aucun moment je n’ai entendu parler de mettre le feu à la ville. J’ai reçu des images faisant croire que l’aéroport de Douala est en feu, ainsi que mon quartier d’enfance à Yaoundé. Nous n’avons pas seulement ces images-là, il y en a d’autres rassurantes mais personne n’y croit.
« Je tiens à souligner que la Belgique s’est dotée d’une loi dite de compétence universelle qui permet de poursuivre des individus ou groupes d’individus soupçonnés d’avoir commis des actes répréhensibles à Salapoumbé par exemple, à l’Est du Cameroun. »
Quand on dit par exemple que 95% des écoles sont fermées au Cameroun, ce n’est pas vrai ! En dehors de Yaoundé, il y a des écoles dans d’autres villes et les villages qui fonctionnent. Faire une campagne électorale et les résultats de l’élection sur des fake news, ce n’est pas de la politique. Les médias manipulent l’opinion publique avec ces fake news, ce n’est pas rassurant pour une démocratie. Je tiens à souligner que la Belgique s’est dotée d’une loi dite de compétence universelle qui permet de poursuivre des individus ou groupes d’individus soupçonnés d’avoir commis des actes répréhensibles à Salapoumbé par exemple, à l’Est du Cameroun. (FIN/2025)