Investiture du président camerounais Paul Biya, 92 ans, pour un huitième mandat de sept ans

YAOUNDE, 5 novembre (AZNAPRESS) — Vainqueur de l’élection présidentielle tenue le 12 octobre avec 53,66% des voix selon les résultats officiels contestés par l’ex-ministre Issa Tchiroma Bakary, classé deuxième avec 35,19% des voix, Paul Biya, 92 ans dont 43 ans au pouvoir, prête serment ce jeudi à Yaoundé pour un huitième mandat de sept ans à la tête du Cameroun, dans un contexte tendu.
Arrivé au pouvoir le 6 novembre 1982 à la suite de la démission d’Ahmadou Ahidjo, le premier président du Cameroun après l’accession à l’indépendance du pays en 1960, Paul Biya a choisi cette date symbolique pour inaugurer son nouveau mandat considéré par les observateurs comme le dernier, au regard de son âge avancé.
La cérémonie de prestation de serment est prévue ce jeudi comme de tradition devant les membres du Parlement réunis en congrès à Yaoundé, à l’occasion de leur troisième session ordinaire annuelle ouverte le 3 novembre, après celles des mois de mars et de juin.
Depuis 1997, la durée des mandats présidentiels au Cameroun est de sept ans, contre cinq ans auparavant. C’est l’une des dispositions majeures d’un nouvelle Constitution adoptée l’année précédente par l’Assemblée nationale, unique Chambre du Parlement à l’époque complété par la mise en place du Sénat en 2013.
Révision constitutionnelle
Cette loi fondamentale limitait aussi à deux le nombre de ces mandats. Une révision constitutionnelle survenue en 2008 avait cependant annulé cette disposition, permettant ainsi au chef de l’Etat camerounais de briguer autant de fois que possible la magistrature suprême.
Face à lui, l’élection présidentielle tenue le 12 octobre mettait en lice onze autres candidats dont deux anciens ministres, Issa Tchiroma Bakary et Maïgari Bello Bouba, avec des figures marquantes de l’opposition comme les députés de l’Assemblée nationale Cabral Libii, classé troisième lors du scrutin précédent de 2018, et Joshua Osih du Social Democratic Front (SDF), parti de l’ex-opposant historique John Fru Ndi.
Seule femme en compétition, Hermine Patricia Tomaïno Ndam Njoya défendait comme en 2011 et 2018 les couleurs de l’Union démocratique camerounaise (UDC), formation créée par son défunt mari Adamou Ndam Njoya, lui aussi ancien ministre mais du temps d’Ahmadou Ahidjo.
Contrairement à Bello Bouba qui n’a pas rompu de manière officielle son alliance avec le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), Tchiroma Bakary a créé la surprise lors de ce rendez-vous électoral en se portant candidat tout en se déclarant ouvertement rival de Biya après avoir démissionné du gouvernement fin juin.
Des petits enfants dans les rues
Dès la fermeture des bureaux de vote le 12 octobre en soirée, quelques dizaines de ses partisans comprenant des petits enfants sont descendus dans les rues de Garoua, son fief dans le Nord du pays où il s’était retiré au terme de sa campagne électorale dans diverses régions camerounaises, pour crier sa victoire, sans attendre la publication des résultats officiels prévue dans un délai de quinze jours.
Ces manifestations ont occasionné des scènes de violences dirigées notamment contre les forces de sécurité déployées dans la zone.
Le lendemain dans une déclaration diffusée sur les réseaux sociaux, lesquels ont été abondamment inondés de fake news, le leader du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) avait lui-même emboîté le pas en annonçant avoir défait le chef de l’Etat sortant et en l’invitant à favoriser un transfert pacifique du pouvoir, tout en appelant « le peuple à défendre [sa] victoire » par la résistance.
Selon les résultats officiels proclamés par le Conseil Constitutionnel du Cameroun le 27 octobre, le président Biya l’a emporté avec 53,6% des voix, son score le plus bas depuis la deuxième élection pluraliste en 1997.
Mots d’ordre de résistance populaire
Pour sa part, Issa Tchiroma Bakary a été classé deuxième avec 35,19% de voix. Il conteste ces résultats, mais a décidé de ne pas introduire de requête auprès du Conseil constitutionnel. Il a cependant choisi de maintenir la pression sur le pouvoir en multipliant les morts d’ordre de résistance populaire, amplifiant les tensions.
Des scènes de pillages et de destruction de biens aux allures d’insurrection ont été enregistrées, faisant intervenir des hordes de malfrats.
Afin de rétablir l’ordre, les autorités camerounaises ont renforcé le dispositif sécuritaire à Yaoundé et dans le reste du pays, qui a donné lieu à un nombre important d’interpellations qui reste sans précision à ce jour. (FIN/2025)