Electricité : retour des délestages au Cameroun, la centrale de Mekin à l’arrêt, Memve’ele en sous-production

YAOUNDE, 30 août (AZNAPRESS) — Le réseau électrique camerounais replonge dans la tension avec le retour des délestages, les 211 mégawatts (MW) de capacité installée de la centrale électrique de Memve’ele (Sud) au Cameroun ne fournissent qu’une partie de l’énergie attendue alors que celle de Mekin, dans la même région, avec ses 15 MW jamais atteints demeure à l’arrêt depuis un an.
Récurrents pendant le mois de juillet, les délestages perturbent de nouveau en cette fin du mois d’août le quotidien des populations camerounaises dont les habitants de la capitale Yaoundé qui ont subi au cours de la semaine qui s’achève ces coupures de courant à répétition, étalées parfois sur des journées entières voire plus dans certaines agglomérations.
Dans des localités environnantes, la situation est jugée plus préoccupante, de nombreux villages autour de Yaoundé se retrouvant dans le noir depuis plus d’un mois, ce qui rend pénible l’activité commerciale et économique pour une population qui peine à joindre les deux bouts, avec environ 7 millions de ses habitants déclarés en situation d’extrême pauvreté, selon les estimations récentes de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD).
De l’avis de ces institutions internationales, le Cameroun, connu pour être le deuxième bassin hydrologique d’Afrique après la République démocratique du Congo (RDC), dispose d’un potentiel hydroélectrique, une source d’énergie renouvelable, évalué à 12.000 mégawatts mais exploité à 10% seulement.
Faiblesse de l’approvisionnement en électricité
C’est « ce qui explique en partie la faiblesse de l’approvisionnement en électricité et la fréquence des coupures », souligne le Rapport sur la Situation Economique du Cameroun 2025 de la Banque mondiale présenté lors d’un échange avec la presse dans son siège de Yaoundé à laquelle AZNAPRESS a pris part en juillet.
Au cours des six dernières années, le pays a mis en service trois barrages et une mini-centrale hydroélectriques pour renforcer l’offre nationale en électricité établie à 1.576 MW en 2019, selon les chiffres de l’Institut national de la statistique (INS), organisme public sous tutelle du ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire.
Prévue pour produire 211 MW, la centrale de Memve’ele (Sud) a notamment injecté ses premiers 70 MW en 2019 et en 2020. Mais, « la production du barrage dépend fortement de l’hydrologie du fleuve Ntem, elle-même affectée par le changement climatique », constate la Banque mondiale.
En saison sèche comme en ce moment, l’ouvrage peine à fonctionner au mieux de ses capacités, n’atteignant en moyenne qu’un sixième de sa capacité nominale et seulement les trois cinquièmes en saison des pluies, précise l’institution financière. « Les pouvoirs publics se sont engagés à construire un barrage de retenue en amont, mais ce projet prendra plusieurs années », déplore-t-elle.
Cette centrale est pleinement raccordée à Yaoundé depuis 2023.
En service également depuis avril 2019 après de nombreux retards, la mini-centrale de Mekin, également dans le Sud du pays, fournit 5 MW sur les 15 MW de sa capacité nominale en 2020.
Le pic de production de l’ouvrage construit par l’entreprise chinoise China National Electric Engineering Corporation (CNEEC) et destiné à couvrir les besoins en électricité d’une partie de cette région, notamment le département du Dja-et-Lobo, localité d’origine du président Paul Biya, est estimé à 11 MW en 2022.
Défaillances de maintenance et raccordement pas encore effectif
Marqué régulièrement par des arrêts prolongés, celui-ci ne produit plus le moindre mégawatt d’électricité depuis septembre 2024, à « cause d’un incident technique lié au dysfonctionnement d’une pompe ayant entraîné une montée des eaux », selon une source proche du dossier qui pointe des défaillances de maintenance matérialisées par « un manque de pièces de rechange ».
Dans la région de l’Est, le barrage de Lom Pangar a attendu deux ans après sa mise en service en 2023 pour atteindre ses pleines capacités en mars 2025 et injecter 30 MW supplémentaires dans le Réseau interconnecté Sud (RIS) au profit des populations de cette partie du territoire camerounais.
Pleinement opérationnelle depuis 2025 après l’injection en juin 2024 des premiers de ses 420 mégawatts de capacité installée dans le Réseau interconnecté Sud auquel Memve’ele est aussi raccordé, le barrage de Nachtigal (Centre) près de Yaoundé représente 30% de la production nationale d’électricité du Cameroun.
Une partie de la production de ce barrage est destinée à être exportée vers le Tchad et une autre à alimenter Douala, la métropole économique camerounaise, au profit des entreprises industrielles. Celles-ci peinent cependant à « tirer pleinement parti de cette électricité, en raison d’un raccordement pas encore effectif », observe en outre la Banque mondiale.
Pour cette institution toutefois, « l’achèvement prévu au troisième trimestre d’une ligne Nachtigal-Douala, d’autres améliorations du système de transport et de distribution attendues en 2026 devraient accroître la capacité et l’efficacité du réseau ».
D’autres projets de barrages sont en voie de réalisation pour accroître les capacités du pays, dont celui de Kikot qui devrait fournir 500 MW dans le Réseau interconnecté Sud. (FIN/2025)