Pétrole : les subventions concourent à la redistribution de la richesse nationale (expert)

YAOUNDE, 10 octobre (Aznapress) — En Afrique, de nombreux pays comme le Cameroun sont aujourd’hui soumis à la pression du Fonds monétaire international (FMI), pour des raisons de programmes d’ajustement structurel, de renoncer aux subventions des carburants, cependant décrites par de experts comme une mesure justifiée de redistribution de la richesse nationale.

Pour l’expert financier et économiste Bernard Ouandji interrogé par Aznapress, « vendre le surplus du brut sur le marché intérieur à un prix inférieur au cours mondial revient à créer le surplus du consommateur, un effet de richesse pour les citoyens comparable à une baisse des impôts. C’est une façon de redistribuer la richesse nationale ».
Délicate pour ses incidences sociales, cette question des subventions constitue l’un des principaux sujets de discussions entre le Cameroun et une mission conjointe FMI-Banque mondiale venue évaluer l’application des conditionnalités liées à un accord économique et financier, conclu par le pouvoir de Yaoundé et les deux institutions financières en 2017.
Cet ajustement structurel a déjà poussé le gouvernement camerounais à augmenter les prix des carburants à la pompe à deux reprises depuis 2023. Une nouvelle hausse est en discussions avec les deux institutions basées à Washington aux Etats-Unis, pour un retrait total des subventions.
« En l’occurrence, dans le cas du Cameroun, un manque à gagner sur les opérations pétrolières a existé à partir de l’entrée en production de la SONARA [Société nationale de raffinage], notre raffinerie nationale étant ravitaillée en pétrole brut par la SNH [Société nationale des hydrocarbures] », rappelle Ouandji.
Ancien haut fonctionnaire des Nations Unies, l’économiste précise que c’est « à partir de 1981, dans un contexte où l’OPEP [Organisation des pays exportateurs de pétrole] venait de multiplier le prix du pétrole brut, sur ordre du président de la République, la SNH livrait à la SONARA à des prix qui étaient largement inférieurs aux cours mondiaux ; ce qui constituait un manque à gagner ».
Ce manque à gagner n’empêchait cependant pas le Trésor public de jouir d’une situation financière largement excédentaire, poursuit-il. « C’est à partir de la crise économique déclarée par le président de la République le 31 décembre 1986 que le Trésor public a sombré dans le déficit. Dès lors, l’on s’est mis à chercher l’argent partout en augmentant l’impôt. »
En 1989, lors des négociations du tout premier programme d’ajustement, le FMI incite le gouvernement camerounais à réclamer davantage de ressources à la SNH, de sorte que celle-ci se trouve obligée de vendre le brut à la raffinerie nationale (SONARA) au même prix qu’à l’export.
« Finalement, au courant de l’année 1991, le gouvernement a accepté d’aligner les livraisons à la SONARA sur les cours mondiaux. Cet alignement a mis fin à toute manipulation sémantique de la « subvention des carburants » au Cameroun. En conséquence, le prix de l’essence à la pompe grimpe avec les cours mondiaux du brut », note encore Ouandji. (Fin)