Pétrole : comment l’Angola a dit niet au FMI pour l’arrêt des subventions

YAOUNDE, 10 octobre (Aznapress) — L’Angola, l’un des plus grands exportateurs de pétrole brut en Afrique avec le Nigeria, la Libye et l’Algérie, a maintenu ses prix à la pompe inchangés depuis vingt ans, opposant une fin de non-recevoir aux injonctions du Fonds monétaire international (FMI) sur l’arrêt de ses subventions utilisées par le pays comme une mesure de redistribution de la richesse nationale.

« Jusqu’à nos jours en Angola, le prix de l’essence à la pompe est de 0.3 euros, équivalent à 220 FCFA le litre », a souligné à Aznapress l’expert financier et économiste Bernard Ouandji, en service à Luanda comme conseiller économique de l’ONU au moment de la décision du pouvoir angolais de ne pas se plier au diktat du FMI sur la hausse des prix et l’arrêt des subventions, en 2004.
C’est avec son soutien que les autorités de Luanda parviennent à imposer leur position face à l’institution financière internationale basée à Washington aux Etats-Unis.
« En début 2004, Son Excellence Monsieur Joao Lourenço [l’actuel président angolais], à l’époque secrétaire général du MPLA [Mouvement populaire pour la libération de l’Angola], m’avait approché pour me dire : « camarade, toi aussi tu es d’accord avec la demande du FMI de tripler les prix de l’essence et des autres tarifs des services publics ? », rappelle-t-il.
Pour le régime MPLA angolais, dirigé à l’époque par José Eduardo dos Santos qui a cédé la présidence à Joao Lourenço en 2016 avant de mourir par la suite, se plier à une telle injonction revenait à dire trahir et se mettre à dos le peuple meurtri par une longue guerre civile.
Pour son soutien au pays producteur de pétrole, l’un des plus importants d’Afrique, Bernard Ouandji consulte des sites internet spécialisés pour ressortir « des projections des cours du pétrole qui indiquaient une forte tendance à la hausse des cours du pétrole durant les trois années suivantes, en raison du contexte de la guerre du Golfe déclenchée en 2003 ».
« Avec ce paramètre, les caisses du Trésor angolais devenaient « cash-flush » (plein aux as) et le déficit fiscal se résorbait de lui-même, sans augmenter les tarifs ni parler de subvention de l’essence. J’ai défendu mon analyse devant le comité de coordination des bailleurs de fonds, puis le FMI a abandonné son injonction », assure-t-il.
« Depuis dix ans, lorsque l’essence approchait 600 francs le litre, je mène le même plaidoyer au Cameroun de ne plus augmenter les prix de l’essence ; en vain, hélas ! », regrette l’économiste, consultant pour d’autres institutions internationales comme la Banque africaine de développement (BAD).
En 2023, l’Angola était classé avec 1,100 million de barils par jour, troisième producteur de pétrole brut en Afrique, derrière le Nigeria (premier) et la Libye (deuxième), et devant l’Algérie (quatrième), selon le classement annuel établi par l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Doté de réserves estimées entre 8 et 10 milliards de barils, le membre de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) qui a amorcé la modernisation de ses infrastructures grâce à ses ressources pétrolières, au point de racheter des entreprises en difficulté au Portugal, l’ex-puissance coloniale, a décidé de quitter l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).
Cette décision était destinée à augmenter sa production et à éviter la politique des quotas adoptée par l’OPEP+. L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial, vient d’emboîter le pas. (Fin)