Terrorisme : l’Union africaine déplore des « réponses fragmentées » face à une menace grandissante

BRUXELLES, 28 août (AZNAPRESS) — L’adhésion politique reste inégale et les réponses fragmentées de la part des pays membres pour la lutte contre le terrorisme sur le continent, déplore l’Union africaine (UA) dans un rapport qui dresse une cartographie faisant de celui-ci l’épicentre mondial du fléau avec plus de 70% des attaques et des décès enregistrés dans le monde en 2024.
Depuis 2024, l’Union africaine (UA) s’est dotée d’un Centre de lutte contre le terrorisme issu d’une transformation de l’ancien Centre africain d’étude et de recherche sur le terrorisme.
L’organisme basé à Addis-Abeba, également siège de l’UA en Ethiopie, publie régulièrement des bulletins sur le terrorisme et dispose d’outils spécifiques d’analyse de données et de surveillance géospatiale sur les risques et les menaces liés à ce phénomène inquiétant qui ne cesse du terrain du Sahel à la Corne de l’Afrique en passant par le bassin du lac Tchad et la région des Grands Lacs.
« Malgré les résultats réalisés au niveau de l’analyse des données du CEWS [Système continental d’alerte précoce, NDLR] et de la surveillance géospatiale de l’AUTC [Centre de lutte contre le terrorisme de l’Union africaine] ; l’adhésion politique reste inégale et les réponses fragmentées », regrette cependant Idriss Mounir Lallali, son directeur.
Cette menace d’extrémisme violent fait intervenir de puissants réseaux de criminalité organisée, lesquels font usage de technologies émergentes pour commettre leurs actes.
Est notamment citée, « l’utilisation opérationnelle des systèmes aériens sans pilote (UAS) à des fins de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, de livraison d’engins explosifs improvisés et de harcèlement, souvent à l’aide de quadricoptères disponibles dans le commerce, de drones PFV [militarisés] et de charges utiles modifiées localement », soit un arsenal technologique et militaire de grande importance, selon le rapport.
Une économie structurelle fondée sur la criminalité et le terrorisme
« Une économie structurelle fondée sur la criminalité et le terrorisme s’est installée : les acteurs extrémistes sont intégrés dans les marchés illicites transfrontaliers », poursuit le document dont AZNAPRESS a obtenu copie.
Selon cette étude, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) et en République centrafricaine (RCA), des groupes armés tels que l’ADF/ISCAF (Forces démocratiques alliées/province Afrique centrale de l’Etat islamique), les Maï-Maï, les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) taxent et contrôlent des sites artisanaux d’extraction d’or, de coltan et des diamants.
Dans le Liptako-Gourma au Sahel, le JNIM/ISSP ou Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans/province du sahel de l’Etat islamique exploite des mines artisanales d’or.
A Cabo Delgado dans le Nord du Mozambique, les insurgés règnent aussi en maîtres pour l’exploitation des pierres précieuses et du bois.
« Les recettes sont blanchies par le biais de centres commerciaux régionaux, de sociétés écrans et de courtiers transfrontaliers », observe le Centre de lutte contre le terrorisme de l’Union africaine, désignant également l’Afrique de l’Ouest comme une plaque tournante majeure pour le trafic de cocaïne et de haschich vers l’Europe.
Le financement illicite, issu également du trafic d’êtres humains le long des routes du Sahel et dans la Corne de l’Afrique, exploite de plus en plus l’argent mobile, le hawala et les crypto-monnaies pour transférer des fonds à travers les frontières et blanchir les produits de l’extraction et du trafic, apprend-on en outre. (FIN/2025)