Une nouvelle hausse des prix du carburant à la pompe divise le Cameroun et le FMI

YAOUNDE, 16 octobre (Aznapress) — Une nouvelle hausse des prix du carburant à la pompe n’aura pas lieu à brève échéance selon toute vraisemblance, sauf rebondissement dans le dossier, le pouvoir de Yaoundé ayant exprimé leur refus de se plier à cette injonction du Fonds monétaire international (FMI) dont une mission vient de séjourner dans le pays.
Les deux parties, réunies mercredi à Yaoundé lors de la restitution de la mission d’évaluation des réformes économiques et financières menée conjointement depuis le 3 octobre dans le pays d’Afrique centrale par le FMI et la Banque mondiale, sont opposées par « un désaccord » sur cette mesure sensible, a indiqué Abdoulaye Yaouba, le ministre délégué auprès du ministre des Finances.
« S’il y a un autre ajustement, cet ajustement sera petit. Ce qui est important pour la population, c’est comment créer l’espace [budgétaire] pour les dépenses sociales, pour les dépenses pour la population vulnérable et pour les dépenses prioritaires », a cependant déclaré Cemile Sancak, la cheffe de cette mission, en réponse à une question d’Aznapress sur le sujet lors d’un échange avec la presse.
Le prix du litre de super au Cameroun est de 840 francs CFA aujourd’hui et celui du gasoil 828 francs, suite à deux hausses survenues entre 2023 et 2024 en application d’une exigence du FMI liée à un programme économique et financier conclu en 2017 par le gouvernement avec l’institution financière pour bénéficier de sa part de crédits concessionnels afin de limiter les effets d’une crise économique.
Les populations camerounaises, confrontées à la vie chère alors que près de la moitié d’entre elles vivent en-dessous du seuil de pauvreté, peinent à supporter les effets de cette double augmentation des prix du carburant à la pompe, vue comme une pilule amère. La perspective d’une troisième hausse accentue leur désarroi.
« Concernant l’ajustement du prix à la pompe, les autorités ont déjà fait une majorité d’ajustements », admet Sancak en maintenant la pression sur la poursuite de l’ajustement destiné à consacrer la suppression des subventions sur lesquelles le gouvernement camerounais s’est longtemps appuyé pour stabiliser les prix du carburant à la pompe.
Pourtant, de l’avis des experts à l’instar de l’expert financier et économiste Bernard Ouandji interrogé récemment par Aznapress, les subventions sont une mesure de redistribution de la richesse nationale.
Conseiller économique de l’ONU en Angola de 2000 à 2006, Ouandji avait permis avec ses conseils à l’Angola d’opposer une fin de non-recevoir aux injonctions du FMI sur la suppression des subventions des prix du carburant et la hausse de ceux-ci.
Ainsi, le troisième producteur africain de pétrole à l’heure actuelle a maintenu depuis vingt ans le prix du litre de super à un prix équivalent à 220 francs CFA. Cemile Sancak a cependant fait état à la presse d’une « discussion globale » entre le Cameroun et le FMI avec la Banque mondiale sur « comment créer l’espace budgétaire pour les dépenses sociales et prioritaires ? Le Cameroun a beaucoup de besoins, beaucoup de besoins d’infrastructures, des besoins de dépenses sociales et des besoins prioritaires ». (Fin)