Financement des infrastructures : plus de 300 décideurs et experts du marché africain des titres attendus à Dakar

YAOUNDE, 1er août (AZNAPRESS) — Plus de 300 décideurs et experts sont attendus fin septembre à Dakar au Sénégal pour participer à une rencontre majeure sur les innovations financières et la transformation structurelle des économies africaines, qui de plus en plus font du recours aux obligations un levier très important pour financer leurs projets d’infrastructures.
Dans le cadre de son Plan d’action, le Programme pour le développement des infrastructures en Afrique (PIDA) adopté par l’Union africaine (UA) en 2012 a estimé à 360 milliards de dollars américains (USD) le coût de la mise en œuvre et de la modernisation des réalisations prévues dans son portefeuille dans ce domaine jusqu’en 2040.
D’autres analyses évaluent à plus de 130 milliards USD les besoins annuels en la matière avec un déficit structurel annuel de plus de 108 milliards USD. Pour relever le défi, les pays africains se sont lancés dans une mobilisation accrue des ressources sur les marchés domestiques et internationaux des obligations.
Deux enjeux cruciaux se posent cependant face au recours à ce mécanisme : les innovations financières et la transformation structurelle des économies africaines. Les deux préoccupations seront au menu d’un forum d’un jour qui prévoit de rassembler des acteurs du marché africain du marché des titres le 25 septembre à Dakar au Sénégal.
Sous le nom de « Structured Finance Africa – SFA Forum 2025 », ce rendez-vous entend précisément mobiliser plus de 300 décideurs et experts comprenant des investisseurs institutionnels, des dirigeants de banques et de compagnies d’assurance, des professionnels de la titrisation et de la transformation financière, des responsables de la fintech et des régulateurs du secteur financier.
L’événement, présenté comme un appel à la mobilisation, est organisé par deux sociétés d’ingénierie financière dakaroises, Invictus Capital & Finance et KF Titrisation, et un cabinet de conseil stratégique : Development Finance Advisory (DFA).
Absence de marchés obligataires efficaces
Dans une étude intitulée « L’accès aux marchés obligataires domestiques pour le financement des infrastructures : enseignements à tirer pour l’Afrique » en 2012, la Banque africaine de développement (BAD) avait souligné que « l’apport des financements de long terme est critique dans le secteur des infrastructures et l’une des sources possibles de vulnérabilité financière sur le continent reste l’absence de marchés obligataires efficaces ».

Pour Mouhamadou Moustapha Faye, le directeur général de KF Titrisation, lors d’un échange par visioconférence avec la presse jeudi, « Structured Finance Africa – SFA Forum 2025 » est « une opportunité stratégique pour accélérer l’usage de la titrisation comme levier de transformation économique. Notre objectif est clair : démocratiser ces outils, mutualiser les expertises et bâtir un écosystème de confiance autour des financements structurés ».
Un des principaux investisseurs institutionnels internationaux du continent, la Banque européenne d’investissement (BEI) avait établi en 2021 le constat selon lequel les encours de la dette souveraine en Afrique subsaharienne (hors Afrique du Sud) étaient plus de 20 fois plus élevée cette année-là qu’en 2010.
83% de l’ensemble des obligations d’Etat libellées en devises fortes
Cette dette est émise principalement en dollar américain et représente 83% de l’ensemble des obligations d’Etat libellées en devises fortes.
Gestionnaire de fonds dédiés aux marchés émergents et ancien économiste en chef de la Banque mondiale, Gregory Smith dénombrait en janvier 2021 vingt-et-un pays africains ayant des euro-obligations souveraines en cours, libellées en euros et USD, certaines à long terme, avec des échéances allant jusqu’à 40 ans. Le volume total des encours était de 123 milliards USD.
Parmi les pays cités, figurent le Nigeria, l’Ethiopie, l’Angola, la Côte d’Ivoire, le Rwanda, le Ghana, le Cameroun, le Sénégal, le Kenya, la Zambie, le Congo, le Gabon, le Bénin, la Namibie, etc.
Selon les spécialistes, les obligations représentent une dette contractée par un Etat ou une entreprise privée sur les marchés des capitaux locaux ou internationaux et garantie ou servie par le cash-flow d’un projet en particulier ou d’un portefeuille de projets, sans recours aux promoteurs.
De l’avis de la BAD, ces opérations sont utiles quand un projet a un bon potentiel de recettes et une bonne structure de gestion.

« Ce forum incarne notre conviction qu’il est temps de passer d’un financement classique à une ingénierie financière plus ambitieuse, inclusive et ancrée dans nos réalités régionales. Il s’agit de créer ensemble des solutions structurées pour libérer l’investissement privé et public en Afrique de l’Ouest », a souligné pour sa part Isaac Mbaye, directeur général d’Invictus Capital & Finance.
Cette société compte à son actif plusieurs transactions d’envergure au sein de l’UEMOA, l’Union monétaire ouest-africaine, dont 150 milliards de francs CFA au profit de l’Etat sénégalais.

Pour Nafissatou Diagne, « Structured Finance Africa – SFA Forum 2025 » vise aussi à « renforcer le dialogue entre les institutionnels, investisseurs et opérateurs, pour dégager des solutions réalistes et fonctionnelles permettant d’adresser le besoin urgent de financement de la croissance et du développement durable »
. (Fin/2025)