ABC du conflit Israël-Iran : détroit d’Ormuz, l’arme économique qui fait trembler les barils de pétrole

YAOUNDE, 23 juin (AZNAPRESS) — Le Parlement iranien a voté à l’unanimité en réponse aux bombardements américains contre trois sites nucléaires de la République islamique dans la nuit de samedi à dimanche, la fermeture du détroit d’Ormuz, un couloir maritime vital pour le commerce et la consommation mondiaux du pétrole, y compris les approvisionnements des Etats-Unis.
Au-delà des déclarations officielles, les tractations diplomatiques secrètes se multiplient pour calmer la colère de l’Iran et éviter son passage à l’acte concernant le blocage au commerce mondial, en l’occurrence celui du pétrole, du détroit d’Ormuz, décidé par un vote du Parlement iranien dimanche en réaction aux frappes américaines contre les sites nucléaires de Fordow, de Natanz et d’Ispahan.
L’annonce de cette décision hante les esprits y compris jusqu’à Washington, car le détroit d’Ormuz que borde l’Iran est un couloir maritime vital pour le commerce et la consommation mondiaux du pétrole ainsi que les approvisionnements américains.
ENTRE 20 ET 21 MILLIONS DE BARILS DE PETROLE CHAQUE JOUR
Large de 34 mètres, ce canal fait transiter chaque jour entre 20 et 21 millions de barils de pétrole, ce qui représente un cinquième de la consommation mondiale. Un volume de 10 milliards de mètres cubes de gaz naturel liquéfié (GNL) y est aussi transporté.
En plus de l’Iran lui-même, ces productions sont fournies par l’Irak et les monarchies pétrolières du Golfe, à commencer par l’Arabie saoudite, le plus grand pays exportateur du pétrole au monde, puis les Emirats arabes unis, le Qatar, le Koweït, Bahreïn, Oman.
Principalement, les exportations de GNL du Qatar sont précieuses pour l’Asie et l’Europe.
Face à l’intérêt stratégique que le détroit d’Ormuz représente pour leurs économies respectives, l’Arabie saoudite et le Qatar ont tenu à prendre part aux négociations sur le nucléaire entre les Etats-Unis et l’Iran, qui ont malheureusement échoué, l’option d’une intervention armée contre la République islamique ayant été privilégiée par Israël et son parrain américain.
Certes, pour approvisionner le marché mondial, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ont une solution qui leur permet de contourner le détroit et un port situé au Sud, mais pour l’Irak, le Qatar, le Koweït et Bahreïn, c’est l’unique voie, selon les experts.
Depuis l’attaque israélienne contre l’Iran le 13 juin, les prix du pétrole ont grimpé de plus de 10% dans le monde pour avoisiner les 80 dollars américains le baril.
L’opération militaire américaine « Midnight Hammer » ou « Le marteau de minuit » en français contre le programme nucléaire iranien dans la nuit de samedi à dimanche a plongé le marché dans une panique plus grande, les Etats-Unis n’y échappent guère.
LA FERMETURE DU DETROIT ENTRAÎNERA UN « CHOC PETROLIER MONDIAL »
La Russie, grand allié de l’Iran avec la Chine, a fait savoir par la voix de son directeur du Fonds d’investissement direct, Kirill Dmitriev, par ailleurs représentant spécial de Vladimir Poutine pour l’investissement et la coopération économique, que la fermeture du détroit d’Ormuz entraînera un « choc pétrolier mondial », une déclaration qui résume les inquiétudes que cette infrastructure suscite.
Moscou a qualifié les frappes américaines d’« irresponsables » et aux Etats-Unis, The New York Times et plusieurs autres titres de la presse américaine ont déploré une « escalade dangereuse » et un « pire risque ». Certains politiques et observateurs à Washington déclarent ouvertement redouter des conséquences désastreuses pour l’économie américaine.
Selon les experts, le blocage du détroit d’Ormuz risque de provoquer une hausse des prix du pétrole pouvant atteindre les 200 dollars américains le baril, consécutive à une baisse des exportations du Moyen-Orient.
LES RISQUES OBLIGENT L’EQUIPE DE TRUMP A SE MOBILISER
Le choc, précisent-ils, sera ressenti aux Etats-Unis, dans la mesure où la première puissance mondiale dépend largement du pétrole produit par l’Arabie saoudite, avec des importations estimées entre 7 et 10% du total de ses approvisionnements.
L’agence de presse économique américaine Bloomberg confirme le risque de choc pétrolier, indiquant que celui-ci « plongera certainement [l’économie américaine, NDLR] dans la récession ». « Ces risques, révèle-t-elle, obligent l’équipe de Trump à se mobiliser [sur le terrain de la diplomatie], sous peine de voir l’escalade actuelle anéantir les Républicains. »
L’électorat américain, rappelle Bloomberg, ne pardonne à aucun président une forte hausse des prix du carburant. En 2022, l’ex-président Joe Biden a perdu jusqu’à 30% de sa cote de popularité après une hausse de 5 dollars du prix du gallon d’essence. (Fin/2025)