ADDIS-ABEBA, 15 février (AZNAPRESS) — Au Sénégal, les autorités travaillent à faire prévaloir la transparence avec l’adoption de mesures et la mise en place d’organes visant à éviter la corruption dans le secteur minier, a rapporté dans une interview avec AZNAPRESS le président de la Commission nationale de gouvernance du pays.
Selon Ibrahima Biry Tandia rencontré en marge du 39ème sommet ordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine à Addis-Abeba en Ethiopie, l’application des recommandations du Mécanisme d’évaluation par les pairs (MAEP) de l’organisation panafricaine ont permis de faire baisser les tensions entre les sociétés minières et les populations sénégalaises.
AZNAPRESS : Quel est l’état des lieux des activités dans le secteur minier au Sénégal qui est l’un des domaines sous votre surveillance ?
IBRAHIMA BIRY TANDIA : Après toutes les procédures d recrutement du consultant, l’équipe du MAEP s’est rendue au Sénégal, notamment dans les régions minières. Ils ont un modèle d’évaluation : un mécanisme de questionnaires qui se résume par des entretiens avec les autorités, avec les populations. Chaque rapport comporte des recommandations. Ce sont ces recommandations que nous essayons de mettre en œuvre de façon sectorielle, à la fois direction de l’administration que des populations. Nous veillons à ce que les recommandations contenues dans le rapport soient mises en œuvre. Ce n’est pas toujours facile, mais nous faisons un travail de veille pour nous vérifier qu’elles sont effectivement respectées.
AZNAPRESS : Généralement dans les pays, le secteur minier est marqué par des scandales de corruption. Le Sénégal y échappe-t-il ?
IBRAHIMA BIRY TANDIA : Il n’est pas nécessairement question de corruption. J’avoue que dans le rapport il n’est pas trop fait cas de corruption de grande ampleur. Il s’agit surtout des relations entre les sociétés minières et les populations locales. Le premier problème concerne l’assainissement. Ensuite, il y a l’impact des activités de ces entreprises sur notre économie nationale. Il y a des efforts à faire, traduits sous forme de recommandations. Au Sénégal, nous avons l’OFNAC, un organe qui a pour mission de veiller à ce qu’il n’y ait pas de corruption. La nouvelle équipe de cet organe a été installée récemment. Ses membres ont été sélectionnés sur appels à candidatures. C’est pour dire que dans ce secteur il y a la transparence. Au quotidien, l’OFNAC et les autres organes de l’Etat veillent à ce que ce secteur travaille dans la transparence. Nous essayons d’assainir les relations entre les sociétés minières et les populations locales.
AZNAPRESS : Comment se caractérisent notamment ces relations entre les sociétés minières et les populations sénégalaises ?
IBRAHIMA BIRY TANDIA : Les relations sont assez tendues. Dans les zones comme le Sud-Est du Sénégal, par exemple à Kédougou, à Tambacounda, aussi dans le Nord, à Matam, le constat qui est établi est que les sociétés minières n’investissent pas véritablement sur le plan social. Au plan environnemental, le fait de creuser par exemple des mines peut avoir un impact sur la santé des populations. Ce constat figure dans le rapport et nous veillons à ce que cette situation change. D’ailleurs, ces sociétés commencent à prendre conscience de la nécessité de s’investir sur le plan social par la mise en place d’infrastructures telles que les routes, les centres de santé. Cela permettra d’atténuer les tensions entre ces sociétés et les populations.
AZNAPRESS : Le gouvernement sénégalais exerce-t-il une pression sur ces compagnies ou bien il privilégie le dialogue ?
IBRAHIMA BIRY TANDIA : On privilégie le dialogue. C’est quand nous constatons que cette méthode ne marche pas que nous recourons à d’autres moyens pour faire respecter la réglementation. Au besoin, nous pouvons saisir la justice, mais cela ne relève pas de la compétence de notre commission. Notre rôle se limite à faire des recommandations à d’autres organismes qui en ont la charge. Notre rôle n’est pas de faire des poursuites mais de sensibiliser pour permettre l’application des recommandations.
AZNAPRESS : Y a-t-il des cas de répression des infractions ?
IBRAHIMA BIRY TANDIA : J’avoue que notre gouvernement fait preuve de beaucoup d’autorité dans ce domaine. Car, c’est l’intérêt de nos populations qui compte et sur ce plan nous sommes satisfaits du travail qui est fait.
AZNAPRESS : Quelles sont les ressources mises en valeur : l’or, le gaz, le pétrole, etc. ?
IBRAHIMA BIRY TANDIA : Dans le cadre de l’or, nous avons certaines zones en partage avec la Mauritanie. Il y a l’or qui se trouve dans la zone de Kédougou et ses environs, des petites quantités de diamants aussi. Cette ressource attire des orpailleurs qui viennent des pays voisins. Même si leur travail est artisanal, il est important qu’ils puissent gagner leur vie avec plus de confiance
AZNAPRESS : Le Sénégal dispose-t-il de minerais critiques encore qualifiés de stratégiques, comme par exemple le lithium ?
IBRAHIMA BIRY TANDIA : En effet, nous avons le lithium dans notre sous-sol mais en petite quantité, selon les estimations. Il est vrai que les moyens font défaut pour poursuivre l’exploration.
AZNAPRESS : Y a-t-il la bauxite, le manganèse… ?
IBRAHIMA BIRY TANDIA : Je n’en ai pas connaissance. Ce qui est connu que notre sous-sol est très riche. Aujourd’hui, tout le monde s’intéresse au sous-sol sénégalais. Les études ont été faites depuis de longue date mais faute de moyens l’exploitation reste limitée.
AZNAPRESS : Le Sénégal tire-t-il suffisamment profit de l’exploitation de ses ressources ?
IBRAHIMA BIRY TANDIA : Pour dire vrai, auparavant le Sénégal ne tirait pas beaucoup profit de l’exploitation de ses ressources. Mais depuis quelques temps grâce à la sensibilisation des populations, la situation s’est améliorée. (FIN/2026)