Une dizaine de corridors recensés pour l’expansion du crime organisé en Afrique (rapport)

BRUXELLES, 15 mai (Aznapress) — Entre la façade atlantique et la côte de la mer Rouge en passant par le vaste désert du Sahara, une dizaine de corridors sont répertoriés dans l’expansion de la criminalité transnationale à laquelle se livrent une myriade de groupes armés et terroristes en Afrique, révèle l’Union africaine (UA) dans un rapport.
L’étude d’AFRIPOL, mécanisme de coopération policière de l’UA, présentée lors d’une réunion tenue le mercredi 14 mai à Addis-Abeba, siège de l’organisation panafricaine en Ethiopie, désigne un total de huit corridors criminels régionaux dans le transport de drogues, d’armes, de carburant, de migrants, d’espèces sauvages protégées et de produits de luxe contrefaits entre l’Ouest et l’Est du continent.
Ces territoires, décrits comme des routes clandestines de plus en plus sophistiquées exploitées par une multitude de groupes armés et terroristes s’appuyant sur des complicités au sein d’acteurs institutionnels tant nationaux qu’internationaux, reposent sur les anciens itinéraires du commerce transsaharien, indique le document de vingt-quatre pages dont Aznapress a obtenu copie.
Premier sur la liste, le corridor Lagos-Kano-Agadez-Tripoli relie les pôles économiques majeurs du Nigeria et du Niger aux portes de l’Europe via la Libye. Il est désigné comme une route logistique à haute intensité, utilisée principalement pour le commerce illicite de drogues dont en particulier le tramadol et les méthamphétamines, mais aussi le trafic de migrants.
Le corridor Bamako-Gao-Tamanrasset est pour sa part utilisé pour le trafic d’armes, le commerce illicite de carburant et le transport clandestin de migrants vers l’Algérie. Vecteur de renforcement de l’insécurité dans le Nord du Mali, sa traversée s’effectue sur de vastes zones désertiques, peu peuplées et difficilement accessibles, rendant les opérations de surveillance extrêmement difficiles pour les forces de sécurité, selon AFRIPOL.
De son côté, le corridor Dakar-Ziguinchor-Bissau tourne autour de la Guinée-Bissau connu pour être un narco-Etat qui joue un rôle central dans les flux de drogue en provenance de l’Amérique latine. C’est un point d’entrée stratégique pour la cocaïne, transportée par des navires rapides ou dissimulée dans des conteneurs, avant d’être redistribuée sur les marchés européens, précise le rapport.
Le corridor Diffa-N’Guigmi-lac Tchad-Maiduguri, situé entre le Sud-Est du Niger et le Nord-Est du Nigeria, est reconnu comme étant un carrefour stratégique pour les groupes armés actifs dans la région, notamment Boko Haram et l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), lesquels s’en servent pour faire transiter des armes, du carburant, des combattants et même des personnes capturées.
D’après AFRIPOL, le corridor Port-Soudan-Khartoum-Nyala-N’Djamena-Bangui représente aussi un des axes les plus sophistiqués du trafic d’armes, à destination du Sahel et de l’Afrique centrale. S’étendant depuis la côte de la mer Rouge, il traverse le Soudan, le Tchad et atteint la République centrafricaine (RCA).
En ce qui le concerne, le corridor Sebha-Salvador Pass-Arlit-Gao, qui relie le Sud libyen au Nord malien et exploité pour contourner les pressions militaires croissantes exercées dans le Nord de la Libye, est particulièrement fréquenté par des trafiquants appartenant aux communautés touaregs et arabes, spécialisées dans le transport d’armes, de migrants et de carburant.
Le corridor Kassala-Asmara-mer Rouge, situé à l’Est du Sahel et reliant l’Erythrée au Soudan oriental, est lui utilisé principalement pour le trafic de migrants à destination du Soudan et du Sinaï, en particulier des personnes vulnérables telles que des femmes et des mineurs. Il sert aussi à la contrebande de produits issus du braconnage tels que l’ivoire, les faucons et les antilopes rares.
En dernier lieu, le corridor Maradi-Katsina-Kaduna-Lagos, situé à l’intérieur du Nigeria, est connecté aux flux régionaux via la région de Maradi au Niger, ce qui en fait un axe clé pour le trafic de médicaments contrefaits, notamment le tramadol et les sirops codéinés, des substances largement consommées comme drogues de rue dans le Nord du Nigeria et les régions voisines. (Fin)